PORTRAIT DE BLANDINE LENOIR par Philippe Lowinski
Un visage d’adolescente posé sur un corps de femme.
Voilà le troublant mélange qui donna toute sa force et sa crédibilité au personnage de Cynthia dans « Carne » et « Seul contre tous ».
Un rôle muet mais tellement expressif dans sa douleur intérieure !
Un rôle très dur et sans doute éprouvant pour de frêles épaules.
Avec le recul, on se demande qui mieux que Blandine Lenoir aurait pu incarner Cynthia avec autant d’émotion retenue ?
Qui mieux que Blandine Lenoir associée aux talents de Gaspar Noé et Philippe Nahon, aurait pu interpréter l’indicible, l’innommable ?
Personne.
INTERVIEW DE BLANDINE LENOIR par Philippe Lowinski
• Quel âge aviez-vous lors du tournage de « Carne » et de « Seul contre tous » ?
• 15 ans pour « Carne », 19 et 20 ans pour « Seul contre tous ».
• Comment avez-vous été choisie ?
• Par casting. Une copine m'avait parlé de l'annonce, j'y suis allée, je ne sais pas trop pourquoi. Je ne voulais pas être comédienne, je voulais réaliser. C'est ce que j'ai dit à Gaspar du haut de mes 15 ans, et c'est pour ça qu'il m'a choisie, parce que je lui parlais d'une envie de cinéma.
• Connaissiez-vous déjà Gaspar Noé ?
• Non.
• Le thème de l’histoire vous a-t-il rebutée au départ ?
• Moi non, mes parents oui !
• Si vous aviez des réticences, de quel ordre étaient-elles ?
• Comme toute adolescente, j'avais peur des scènes de nu.
• Comment Gaspar Noé vous a-t-il convaincue et mise en confiance pour des sujets aussi délicats que l’inceste et la pédophilie ?
• Parce qu'il est intelligent, respectueux, gentil et doux.
• Au regard de l’actualité (procès de la pédophilie), voyez-vous « Carne » et « Seul contre tous » d’un autre œil ?
• Non. Ce n'est pas le seul sujet du film non plus !
• Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle introverti, presque autistique ?
• J'ai écouté Gaspar. Je n'avais pas vraiment conscience de ce qu'on était en train de faire je crois.
• N’est-ce pas frustrant pour une comédienne de ne pas avoir une seule ligne de dialogue, et de devoir exprimer « l’absence » ?
• Non. Je n'étais pas comédienne, c'était ma première expérience.
• Quels étaient vos rapports avec Philippe Nahon, avant et pendant les prises ?
• Il était adorable, très protecteur. On rigolait beaucoup. C'était comme un papa.
• Que faisiez-vous pour désarmorcer une éventuelle gêne ou pudeur ?
• Rire aux blagues de Philippe. Et à celles de Gaspar. Lucile était très présente aussi, et très douce avec moi.
• Pour la préparation de votre rôle, avez-vous rencontré des victimes de pédophilie et/ou d’inceste ?
• Non!
• « La plupart des embryons sont conçus par accident ». Que vous inspire ce noir constat apparaissant dans « Carne » ?
• C'est plutôt rigolo.
• Comment se passe une journée de tournage avec Gaspar Noé ?
• C'est long et très excitant ! On a l'impression de jouer avec un grand enfant très heureux.
• Son univers cinématographique désespérant déborde-t-il hors prises ?
• Non.
• Etiez-vous prête à tout, ou bien lui avez-vous dès le départ dit ce que vous ne pouviez pas faire ?
• Il y avait une scène dans le scénario de Carne, quand je rencontre l'ouvrier dans le terrain vague. Il était écrit que je devais mettre la main dans la braguette de l'homme. Je ne voulais pas faire ça.
• Quelle fut sa réaction ?
• Il était d'accord que ce n'était pas indispensable. Il voulait que l'on soit à l'aise tous ensemble pour travailler.
• Que pensez-vous du boucher ? Mise à part sa déviance incestueuse et pédophile, lui trouvez-vous des circonstances atténuantes ?
• C'est un homme malheureux, et seul. ça rend dingue n'importe qui, non ?
• La morale est à mon sens, le thème central du film. Que pensez-vous de la façon dont il est traité dans « Carne » et « Seul contre tous » ?
• Avec humour.
• Pour vous, qu’est-ce que la morale ?
• Des limites que l'on s'impose. Pas toujours à bon escient.
• Etiez-vous présente lors de la présentation des ces deux films au Festival de Cannes ou lors d’autres projections officielles ?
• Oui !
• Quelles furent les réactions « à chaud » du public et des journalistes ?
• Enthousiasme ou colère.
• Philippe Nahon me disait lors d’un entretien téléphonique, qu’il avait assisté à une projection de « Seul contre tous » au Max Linder à Paris , au cours de laquelle Gaspar Noé avait été violemment pris a parti. Avez-vous assisté à ce genre de débordement ?
• Bien sûr. Des gens quittaient la salle en criant des insultes, des femmes s'évanouissaient, etc…il y avait beaucoup de rires aussi.
• Quelle place occupe le rôle de Cynthia dans votre carrière ?
• C'est mon premier rôle, mon premier tournage, mon début avec le cinéma. Je n'ai jamais rien fait d'autre que du cinéma depuis. Je ne sais rien faire d'autre ; Je suis pour toujours Cynthia pour les gens, d'autant plus que je n'ai pas eu d'autres rôles très marquants.
• « Irréversible » est un peu la dernière partie d’un triptyque. Gaspar Noé vous avait-il proposé d’en faire partie comme Philippe Nahon ?
• Non. Mais il m'avait expliqué qu'il n'y avait pas de rôle pour moi. J'ai très bien compris. On n'est pas obligé de travailler ensemble toute notre vie, même si cette aventure a été très forte.
• Seriez-vous partante pour un nouveau projet avec lui ?
• Bien entendu.
• « Carne » et « Seul contre tous » vous ont-ils ouvert des portes vers d’autres rôles ? Ou alors, ne vous offrait-on que des personnages proches de Cynthia ? En d’autres termes, vous sentez-vous marquée au fer rouge par ce rôle ?
• Je suis marquée parce que l'on m'en parle toujours des années après, mais je suis toujours fière quand on me présente en disant »tu sais, c'est la fille du boucher», et je vois quelque chose de terrible dans leur regard, entre le dégoût et la fascination ! C'est drôle. ça m'a ouvert des portes, ça c'est sûr, mais pas seulement en actrice. Et c'est tant mieux.
• Vous-même êtes réalisatrice (Avec Marinette et Pas de pitié) . A ce titre, comment percevez-vous le travail de Gaspar Noé ?
• C'est mon papa de cinéma, son regard sur mon travail compte, mais je ne crois pas qu'il soit objectif, il y a une grande tendresse entre nous. Il m'a vue grandir !
• Avez-vous des points communs, et si oui lesquels ?
• C'est difficile comme question.
• Auriez-vous pu ou su réaliser « Carne » et « Seul contre tous » ?
• Bien sûr que non.
• Quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?
• Je finis d'écrire un long métrage qui s'appelle LA CARDINALE. Je viens de terminer un court métrage qui marche plutôt bien en festivals. Je joue dans deux longs métrages cet été avec Haneke et Godet. Je viens surtout d'accoucher d'une petite fille qui s'appelle Elisa, alors je me remets doucement, et je savoure…
Un immense merci @ Blandine Lenoir pour sa disponibilité et sa gentillesse ainsi qu'à son agent, Ghislaine Malaterre
CV
BLANDINE LENOIR
Née le 22 09 73
Réalisation
« Avec Marinette »(1999), court-métrage de 26 mn produit par Les Films de la Grande Ourse et Love Streams Production.
Sélectionné aux festivals de Belfort, Angers, Saint-Denis, Aix-en-Provence, Brest, Rennes, Clermont-Ferrand, Montluçon, Caen, Côté Court à Pantin, Mons (Belgique), Douarnenez, Metz, Saint-Paul-Trois-Châteaux, au festival Jean Carmet, et à Venise (circuit off).
Prix de la SACD (meilleure pemière oeuvre) et Prix de la meilleure musique au festival de Clermont-Ferrand 2000, Grand Prix de Pantin 2000, Prix d'interprétation masculine pour Grégory et Cyril Roudaut aux festivals de Pantin et Jean Carmet. Prix de public au festival de Montluçon.
Nominé aux Lutins 2000. Présenté à Madrid dans un programme de court-métrages à la 2e muestra de cine francés 2000.
Achat de Canal +, Canal + Belgique, TV Breizh, Ciné ciné court.
Prix de la qualité au CNC.
Sortie en salle en Bretagne dans un programme de court-métrages « C’est arrivé près de chez vous » de Mars à Août 2000.
« Mika et Gilles embrassent des filles dans la rue » (2000), court-métrage en super 8 de 3mn, réalisé dans le cadre du Festival Tourné Monté super 8 à Pantin.
"Pas de pitié" (2002), moyen-métrage de 40mn, produit par Balthazar Productions, avec l'aide du cnc et du conseil de la région Seine st Denis.
Festival de Clermont-Ferrand 2003 et Festival Onze de Paris en 2002
"Dans tes rêves" (2004), court-métrage de 17mn, produit par Local Films. Achat Canal +
Festival Onze Bouge, Cabourg... (actuellement en attente de réponses)
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Ecriture
Co-écriture de "La peau d'Alice" avec Christine François et Pierre Erwan Guillaume, long-métrage de Christine François / Produit par Véronique Fréghosi (1998)
Co-écriture d'une bible de série de dessin animé avec Fred Kustner "Fofolle Fada la petite extra-terrestre". Grand Prix Mifa au festival d'Annecy 2003
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Scripte
«Sodomites» spot pornographique de 5mn de Gaspar Noé
Production Ce qui me meut et Canal + (1998)
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Montage
Stage de montage sur un sujet pour l’émission "Strip Tease" VF production /
France 3. Réalisateur Jean-Michel Venmanni, monteuse Claire Painchaut (1997)
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Régie
"Un douze" court-métrage de Nicolas Koretsky (1995)
Casting
Assistante de Maya Serrulla sur le casting d'enfants du film de Serge Lalou,
"Entre nous" produit par Gilles Sandoz, Agat films. (Avril-Mai 2000).
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Décors
Peintre dans l'équipe décoration d'Eric Bourges sur "L'Equipier", Nord-Ouest productions (Aout-sept 2003)
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Costumes
Assistante costumière de Monic Parelle sur "Les déracinés" deux téléfilms de Jacques Renard pour Arte et France 3, Scarlett Prod (2000).
Assistante costumière sur "Adieu" d'Arnaud des Pallières, une production les Films d'ici et Arte, chef costumière Nathalie du Roscoat (2002)
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Comédienne
Long métrage
"Haut les coeurs" de Solveig Anspach (1998)
"Seul contre tous" de Gaspar Noë (1998), Cannes 98: Prix de la Semaine de la Critique, Mention Spéciale du Prix de la Jeunesse, Prix Très Spécial 1998, Prix du festival de Sarajevo 1998, Prix du scénario au Festival de Sitges 1998, etc.
"Jeunesse" de Noël Alpi (1996)
"Le plus bel âge" de Didier Haudepin (1993)
Court-métrage
"Mon jour de chance" de Nicolas Brevière (2004)
"Dans tes rêves" de Blandine Lenoir (2003)
"Tout compte fées" de Jean Dussaussoy (2002)
"Seule" de Eric Zonka (1997)
"Les malheurs des immortels" de Laurent Maillefer (1993)
"Délit mineur" de Olivier Panchot (1992)
"La maison verte" de Sylvie Verheyde (1991)
"Carne" de Gaspar Noë (1990) Cannes 91: Prix de la Semaine de la critique, Mention spéciale du Prix de la Jeunesse, Prix Georges Sadoul, Prix très Spécial, etc. Sortie en salles en 1991.
Télévision
"Par amour" (2002) réalisation Alain Tasma (France 2)
"Maigret chez les riches" (1999) dans la série Maigret, réalisation Denys
Granier-Deferre
"Le bois du Pardoux" (1999) réalisation Stéphane Kurc (FR3)
"Maternité" (1999) dans la série PJ, réalisation Gérard Vergez
"Meurtre dans un jardin potager" (1998) dans la série Maigret, réalisation Edwin Baily
"Nanou ou Gaëlle" de Christine François (1997) (FR3)
"La mal aimée" de Bertrand Arthuys (1994) (FR3)
Divers
Lectrice au CNC au comité de lecture d'aide aux courts-métrages, membre de jury au "prix de qualité" du CNC délivré aux courts-métrages.
Intervenante dans le cadre des stages "l’acteur et la caméra " à l’école Florent (depuis Déc 2000),intervenante dans des ateliers vidéos en associations culturelles auprès des jeunes en difficultés (Picardie, Longjumeau, Seine-st-Denis).
Assistante de production à Dargaud-Marina (Décembre 2000), régisseuse au studio photo Day light (1999) .
Licence de Lettres Modernes Paris IV Sorbonne.