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IRRÉVERSIBLE ET LA CENSURE ANGLAISE
"Irréversible" échappe de justesse à la censure britannique !" Publié le mardi 22 octobre 2002 sur le site www.cinemovies.fr
"Le comité de censure anglais (British Board Of Film Classification) vient, finalement d'autoriser le film de Gaspar Noé à être distribué dans son intégralité, mais avec une interdiction aux moins de 18 ans.
Les censeurs ont pris leur temps avant de donner leur réponse, en demandant les conseils d'un psychiatre concernant la fameuse scène de viol qui dure 9 minutes!
Le film risquait effectivement d'être amputé de cette séquence. Si une telle décision avait vu le jour (le réalisateur s'est déjà exprimé sur ce sujet), le film ne serait pas sorti du tout en salle!
Les membres du BBFC se sont donc décidés à diffuser "Irréversible", mais avec une interdiction aux moins de 18 ans alors qu'en France il n'avait été interdit qu'aux moins de 16 ans. Ils ont déclaré que le psychiatre avait constaté que la scène en question était très violente, mais qu'elle ne contenait aucune image explicite.
D'un autre côté, le comité de censure a ajouté que si le film devait un jour être diffusé à la télévision Britannique, la scène devra être remontée à cette occasion."

APPEL A LA CENSURE D'IRRÉVERSIBLEViolence au cinéma - Pourquoi Irréversible ? À quoi sert ce film? Le viol est-il devenu un spectacle ? Bernard Boulad Consultant en cinéma et producteur Valérie Lagrange Scénariste Édition du jeudi 20 juin 2002 ( www.ledevoir.com) «Film à scandale»: à peine lâchée au Festival de Cannes, l'expression sera relayée par la nuée des médias qui, pour ne jamais paraître à côté de la plaque, se sont fait une obligation de jouer le jeu d'une stratégie de mise en marché finement orchestrée. Tout dans Irréversible -- car c'est bien sûr de ce film qu'il s'agit -- sent à plein nez l'opération de marketing (le casting, le traitement du sujet, la réputation crade du réalisateur) et l'exploitation sensationnaliste de la détresse et de la déchéance humaines.
Disons-le d'emblée : nous n'avons pas vu et nous n'irons pas voir ce film. On objectera que nous ne pouvons pas parler à travers notre chapeau. Mais dans ce cas-ci, nous n'en voyons pas l'utilité. Car pas un seul texte critique publié n'a pu s'empêcher de décrire le déchaînement de violence à l'état pur qui constitue l'essentiel du film. Tout le monde semble s'entendre sur le non-intérêt du film, sa brutalité et ses nombreux défauts. Mais évidemment, personne n'a pu s'empêcher d'en parler, d'en faire l'«événement» de la semaine, de participer à sa promotion.
Traitement médiatique
Ceux qui l'ont apprécié ( ? !) ont mentionné son courage, sa force, son originalité, en évitant soigneusement de réfléchir à son idéologie puante et à ses méthodes odieuses.
Quant à nous, ce que nous trouvons proprement scandaleux, c'est le traitement médiatique qui a préparé la sortie du film au Québec. On peut dresser des parallèles avec Romance (ennuyeuse boursouflure intello) et surtout avec Baise-moi, qui fut curieusement plus durement attaqué. Serait-ce parce que ce sont des femmes vengeresses qui humilient des hommes minables plutôt que, comme dans Irrésistible, un homme qui semble justifié de tuer pour sauver son honneur ?
Tout le gratin médiatique a donc joué le jeu : Ici Montréal a placé le réalisateur «maudit» (le pauvre !) Gaspar Noé en page couverture pour ensuite dire dans ses pages que le film est «comme un objet bancal mais conséquent et conscient du remous qu'il provoque». Plus subtil (mais pas dans son titre : «Cul sec !»), Le Devoir le défend à défaut de l'aimer, «le regard bien droit» du réalisateur «forçant l'admiration», et on affirme froidement, sans détour, que «Gaspar Noé est aussi, sur le plan moral, le grand absent du film, montré sans le filtre d'un point de vue. [...] Nous regardons son film, tels des orphelins, avec nos seules consciences pour repère». Quelle tristesse ! Comme si ce genre de film racoleur et voyeur pouvait vraiment servir à éveiller les consciences !
Dans La Presse, on célèbre «un film original» et on y perçoit «un irrépressible hymne à la vie» même si on déplore que Gaspar Noé fasse «dans le premier degré et pas dans la dentelle». Comment peut-on louanger un film sur le viol qui reste au premier degré tout en y incluant des scènes hard ? Comment peut-on faire preuve d'autant d'angélisme et de naïveté et se laisser manipuler par un réalisateur dont on reprend les paroles sans sourciller ? En parlant du cinéma, Noé ose dire : «Je n'ai pas trouvé de meilleur jouet pour m'amuser.» Parce que monsieur s'amuse à nous balancer tout ça en plein visage !
Ailleurs, à TVA, à l'émission Sucré salé, un animateur demande à sa chroniqueuse s'il y a vraiment de quoi faire un scandale. Après quelques gloussements, on passe, comme si de rien n'était, à un reportage sur la comédie musicale pour enfants Régina... Ahurissant.
Pendant ce temps, à la radio de Radio-Canada, Gaspar Noé déverse son fiel et déclare qu'il voulait à l'origine faire un film porno qui n'a pas pu se concrétiser et qu'il s'est donc replié sur un scénario pondu en cinq semaines qui montrait explicitement un viol d'une violence extrême et sa vengeance. Comment peut-on faire l'amalgame ? Faut-il croire que filmer un viol procède de la même logique et de la même volonté ? Comment peut-on semer le doute dans les esprits ? On ne peut que s'indigner devant de tels propos réactionnaires.
Appel au boycottage
Nous appelons au boycottage de ce genre de film (voire de Visitor Q). En plus, dans le cas d'Irréversible, le distributeur Alliance-Atlantis a fait preuve d'un manque flagrant de discernement et d'un sens mercantile au delà de tout entendement avec une publicité tapageuse et racoleuse. Quand on pense que certaines activités commerciales d'Alliance sont financées à même nos fonds publics...
Faudrait-il aussi appeler à la censure ? Cette question délicate se pose. On ne tolère plus dans nos sociétés la diffusion de propos et d'images racistes. Devrait-on l'envisager pour protéger les femmes de tous les fous dangereux qui pourraient se trouver stimulés, voire légitimés dans leur acte barbare ? Et par respect, surtout, pour toutes celles qui ont eu à subir cet outrage et qui, avec tout le tapage fait autour de ce film, sont forcées de revivre ce traumatisme ?
À quoi sert ce film ? Pourquoi aller le voir ? Quelles sensations cherchons-nous à obtenir ? Après le meurtre, le viol est-il devenu un spectacle ? Où en sommes-nous rendus pour accepter de tout montrer et de tout vouloir voir ? Gaspar Noé a une réponse toute faite, à glacer le sang : «La violence au cinéma est ritualisée, on y a pris l'habitude : les codes sont désuets. Et dans quelques années, je serai aussi complètement désuet» (entrevue dans Voir). Ce jour-là, sans doute, un réalisateur plus «audacieux» encore nous aura montré en images crues le viol d'un enfant pendant dix minutes. Irons-nous jusque-là ?
Que faut-il donc comprendre de cette tendance au tout-image ? Qu'il faut s'y résigner ? Qu'il faut être de son époque ? Quant à nous, nous refusons de nous «habituer» à ces signes de décadence avancée. Trop, c'est trop. On nous pousse à la désensibilisation. Avec pour résultat qu'aujourd'hui, on hésite à faire part de nos repères moraux pour ne pas être taxé d'obscurantisme et de pudibonderie. Ne doit-on pas sérieusement penser à mettre une limite à notre culture de l'image ? Il s'agit aussi de nos enfants, dont l'imaginaire et le quotidien sont maintenant atteints.
Les garçons tuent de plus en plus jeunes et agressent les filles à 13 ans; la mode et la pub «érotisent» des gamines à peine pubères comme pour répondre au voyeurisme masculin, tandis que les films d'action et les jeux vidéo cultivent la haine avec toujours plus de réalisme et que la porno, disponible à tout gamin sur Internet, devient in... La réalité et la fiction se nourrissent l'un l'autre et nous entraînent dans une spirale infernale. Et on (se) laisse faire. Parce que la violence et le sexe rapportent et qu'au nom de la liberté d'expression et de la défense de l'art, on peut tout laisser passer. Comme si on avait oublié que la réalité dépasse toujours la fiction...
Nous aurions peut-être dû choisir de nous taire plutôt que de lancer la controverse, de tomber dans le panneau du «scandale» et d'alimenter, par effet boomerang, la curiosité autour de ce film. Mais à défaut du silence, de la retenue et d'un vrai sens critique (il n'y a pas d'esprit critique sans humanisme) auxquels nous nous serions attendus de la part des médias, on ne peut que s'indigner et appeler au boycottage."Ont accepté d'appuyer cette lettre : Catherine Arcand, Mario Bonenfant, Djénane Boulad, Pascal de Pocas, Stéphane Durand, Christian Fournier, Simon Germain, Amir Khadir, Magdi-Louis Stephanos, Claude Vecerina.
UNE RÉFLEXION SUR LA CENSURE (IRRÉVERSIBLE ET Cie)
La tentation de la censure
Publié le 29 juillet 2002 sur www.archie.homelinux.net
"Il y a quelques semaines, Voir publiait un article de Bernard Boulad et Valérie Lagrange dans lequel ils dénonçaient vertement le film Irréversible de Gaspar Noé, qui a fait scandale en France - particulièrement à cause d'une scène de viol très dure de 9 minutes. Dans leur "critique", Boulad et Lagrange en appellent au boycott du film, et vont même jusqu'à évoquer son interdiction, ou tout du moins son retrait de la circulation - ce qui revient au même. Le hic est qu'aucun des deux n'a vu le film, ni ne le verra.
En réponse à cette dangereuse tendance qui cherche à blâmer tous les maux de la société sur ce que l'on voit aux grands et petits écrans, Christian Maltais a écrit ce texte dans lequel il revendique non seulement la liberté d'expression de l'artiste, mais aussi le droit au cinéma d'être autre chose que du divertissement, c'est-à-dire d'être laid, dérangeant, provoquant, dénonciateur. Car la violence n'est pas née du cinéma, et la volonté de cacher la laideur ne la fait pas disparaître. Irréversible est sans aucun doute un film dur, insupportable, que certaines personnes ne devraient pas voir. Mais en tant qu'oeuvre artistique, en tant que film "coup-de-poing" qui dénonce le viol en en montrant intégralement l'horreur et la violence, il a le droit d'être vu. Si vous souscrivez aussi aux propos énoncés par Christian, je vous invite à laisser un commentaire à cet effet.
IL N'Y A RIEN D'IRRÉVERSIBLE
Nous n'avons pas vu "Irréversible", mais nous avons lu la proclamation de Boulad et Lagrange. Étant resté sans voix, nous prenons la plume. Ce qui répugne à prime abord c'est la duplicité de ce texte, qui attaque de tous les côtés sauf de front. Et qui n'ose afficher ses couleurs, afin de se défiler de la clameur que susciteraient à juste titre leurs propos, s'ils avaient le courage de les revendiquer autrement qu'à mots couverts. Il est temps de retirer aux auteurs et co-signataires de ce brulôt le pagne qui dissimule leurs idées proprement obsènes. "Idéologie puante" en effet. Boulad et Lagrange demandent, car c'est là leur vrai propos : "Faudrait-il aussi appeler à la censure ? Cette question délicate se pose". La question n'a rien de délicat, et tout de grossier. Mais posons-là, puisqu'arrive l'heure des choix. De l'insulte à l'injure Boulad et Lagrange l'affirment dès l'abord : " nous n'avons pas vu et nous n'irons pas voir ce film." Un tel aveu ne vise pas qu'à disculper les auteurs de manquer de la plus élémentaire probité intellectuelle. Car "Irréversible" n'est pour eux que le prétexte à une diatribe contre le "gratin médiatique". On se demande d'abord comment ces esprits ont pu décerner un tel honneur au cahier cinéma de La Presse. Mais pour former leur opinion les deux auteurs n'ont pas plus besoin de vérifier le sérieux de leurs sources, que de connaître l'objet dont ils parlent. Leur pamphlet n'est pas intellectuel mais moral. Il ne critique pas, il invective. Il ne prouve pas, il intimide. Des exemples ? Sur le film qui leur sert de prétexte : "idéologie puante", "méthodes odieuses", "film racoleur et voyeur", "qui reste au premier degré"... Gaspar Noé, réalisateur ? Il "déverse son fiel... on ne peut que s'indigner devant de tels propos réactionnaires". Son crime moral est d'avoir dit en entrevue qu'il avait pensé faire un porno avant Irréversible. "Comment peut-on faire l'amalgame", demandent Boulad et Lagrange, question à laquelle eux seuls peuvent répondre. L'amalgame est issu directement de leur esprit, aidé il est vrai de propos qu'ils rapportent sans les citer. "À la radio de Radio-Canada", voilà qui doit nous suffire comme source. On ne sait pas exactement ce qu'ont entendu les auteurs, mais il ne faut pas remettre en question leur interprétation. Si leur parole doit suffire à faire taire "la nuée des médias", c'est parce qu'eux ne sont pas réactionnaires. La voix de nos moralistes c'est celle du progrès, leur jugement est dernier... sinon, gare à nos fesses ! Car c'est bien d'un avertissement qu'il s'agit. La dissertation de Boulad et Lagrange n'a que deux parties, dont la première n'est qu'un bourbier de vociférations contre les médias grand-public. C'est là que se situerait le scandale: on aurait parlé d'un film déplaisant, sans lancer l'anathème à son auteur. Ou mieux : on n'aurait pas cherché à le ridiculiser, à le faire taire. Que les critiques et animateurs de talk-shows l'aient vu, eux, ce film... qu'ils se soient peut-être fait leur propre opinion... cela n'a pas d'importance. Quand on est juste, laissent entendre les auteurs, on n'a pas besoin d'écouter pour condamner. Mais condamner à quoi ? "Nous appelons au boycottage de ce genre de film" Et d'abord, quel genre de film ? Mis à part Irréversible, les auteurs ne mentionnent que trois films, pour en bout de ligne n'en dire rien. Le cas de Romance est vite réglé : "Ennuyeuse boursoufflure intello". Trois mots pour juger le crime (coupable de ne pas divertir ? coupable de tenter une réflexion, réussie ou non?). Baise-moi est évoqué, mais on ne sait si Boulad et Lagrange le défendent parce qu'il attaque "des hommes minables" ou s'ils crucifient ce film parce qu'il existe. Le dernier coupable est Visitor Q. Aucun effort pour tenter de comprendre comment ce film, certes extrême, peut s'inscrire dans un paysage contestataire dans son Japon d'origine. Aucune tentative de déceler (justement) un éventuel second degré. Le film est seulement mentionné, entre parenthèses, comme un film à boycotter. Accusé de rien, Visitor Q est coupable d'avoir été pointé du doigt par deux moralistes. Coupable par association, tout comme le distributeur, Alliance-Atlantis. Condamné au boycottage, et à bien plus. Car Boulad et Lagrange voudraient voir retirer leurs subventions aux commercants immoraux. Ils n'osent seulement pas l'affirmer. La conclusion est pourtant évidente; les auteurs s'écrient, de leurs voix les plus indignées : "Quand on pense que certaines activités commerciales d'Alliance sont financées à même nos fonds publics". Et qu'arrive-t'il quand on y pense ? Les moralistes n'offrent aucune réponse... allons-y d'autres questions. La foule de citoyens scandalisés est-elle censée assiéger le parlement ? Le public outré doit-il exiger que chaque oeuvre produite corresponde à une charte du Bien ? Qui doit l'écrire, cette charte ? Qui doit l'appliquer, selon quels critères ? Qui devra décider ce que tout le monde doit trouver juste et bon? Et puisque les médias jouent le jeu des cinéastes immoraux, qui doit les surveiller ? Comment fonctionneront les appels d'offre pour les grands inquisiteurs ? À même les fonds publics peut-être. Ces mêmes fonds publics dont il est sûr que ni Boulad, ni Lagrange n'ont jamais profité. Et s'ils en ont profité, la scénariste et le consultant en cinéma et producteur ? Alors on sait que leurs oeuvres étaient irréprochables, non seulement artistiquement, mais moralement. Bravo la censure, vive le progrès ! On pourrait aussi se demander pendant quelle fraction de seconde et sous quel régime, la censure a été garante de progrès. On en viendrait sans doute à regretter que Les Fleurs du Mal aient survécu à Napoléon III. Que toutes les oeuvres de Sade n'aient été brûlées. Que William Burroughs soit publié. Pour peu on applaudirait la mort de Desnos. Quant aux cinéastes, madame la scénariste, monsieur le consultant, en est-il dont vous trouveriez qu'ils pourraient "vraiment éveiller les consciences " ? Pasolini, dont on ne saura jamais s'il fut assassiné, a-t'il eu tort de dénoncer le fascisme par les 120 journées de Sodome ? Scorsese, catholique convaincu, doit il annéantir Taxi Driver pour ne pas encourager les criminels ? Faut-il détruire Un chien Andalou, Fight Club, L'empire des sens, Starship Troopers, Orange Mécanique ? Et si oui, qu'on nous dise au moins qui on tente de garder sous contrôle : ceux qui pourraient prendre ces films au pied de la lettre, ou ceux qui savent lire entre les lignes. La censure est morte, vive la censure! Entre autres parce que la censure existe déjà. Cela Boulad et Lagrange l'avouent du bout des lèvres : "On ne tolère plus dans nos sociétés la diffusion de propos et d'images racistes." Admettons sans broncher cette affirmation : nous n'intenterons pas de procès à Diane Francis ou aux "pundits" de la droite américaine. Contentons-nous d'ajouter que le racisme est loin être le seul sujet que nos sociétés ne tolèrent pas. Il est par exemple une question que l'on n'entend jamais : comment ce que nous censurons peut-il encourager à faire le mal ? Qu'y a t-'il dans ces oeuvres pour y rendre certains esprits si vulnérables ? Peut-être trouverait-on trop insupportables certaines réponses. Les mémoires d'officiers S.S., les pamphlets de Céline... une chose frappe celui qui lit ces textes. Ces hommes nous ressemblent. Ils ne font que pousser leurs angoisses, leurs colères, à un degré extrême. Mais eux aussi sont les enfants de nos sociétés. Les fascistes incarnaient pour certains une forme de progrès, même chez les publics éduqués. Heidegger a porté toute sa vie la honte de son erreur, d'avoir confondu l'éclaircie qu'il cherchait, aux terres brûlées que léguerait l'hitlérisme. Qu'on pense aussi aux futuristes italiens. Et s'est-on vraiment demandé comment Eluard, qui avait donné Liberté au monde, a pu par la suite soutenir le totalitarisme ? Étaient-ils des victimes pour autant ? Si on tolérait les textes nazis ou racistes, il nous faudrait alors accepter à quel point leurs propos ressemblent aux nôtres. Ils parlent de criminalité et de chômage, d'hygiène, de progrès, de science... ils ont leur propre nouvel-âge, mystique et naïf. Ils ont des préjugés... pas nous ? Ils ne cessent de répéter qu'ils veulent faire avancer l'humanité. Mais quel fut le prix de ce progrès ? La marche est basse, le pas petit, qui mènent à accepter l'horreur et l'excès comme normaux. Les racistes et autres intolérants ont simplement franchi une ligne, que nous ne devons jamais ignorer. Et que nous risquons fort de traverser si nous refusons de voir qu'elle est là, devant nous, à nos pieds. Quant au dernier soi-disant argument de Boulad et Lagrange... faire taire ceux qui dérangent par "respect" pour les victimes de crimes violents, et qui seraient forcées de "revivre ce traumatisme"... monsieur, madame les moralistes, demandez-vous ce que vous savez de la vie de ces artistes sur qui vous crachez. Maintenant, que savez-vous de la vôtre? Que vous raconte votre miroir, à vous, les juges ? Voilà une réponse que nous risquons d'attendre longtemps."
Christian Maltais, cinéaste indépendant. Ont appuyé cette lettre : Alain Gauthier, compositeur; Izabel Grondin, réalisatrice indépendante de films d'horreur ; Mathieu St-Pierre, co-président, "Sukubus" ; Françoys Larue-Langlois ; Élie Charest ; Catherine Allard; et Martin Plouffe.
LE CRITÈRE SUBJECTIF DE L'ART
Article publié sur www.humanite.presse.fr (édition du 3 juillet 2000) "Par décision en date du vendredi 30 juin, le Conseil d'État vient de classer X le film de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, Baise-moi. On pourrait épiloguer sur le peu de représentativité du groupuscule réactionnaire (pour le moins) qui a demandé et obtenu cette interdiction. On pourrait aussi disserter sur le fait qu'en allant contre l'avis de la commission de contrôle des films - qui s'était contentée d'une interdiction aux moins de seize ans assortie d'un avertissement supplémentaire au spectateur -, et en s'opposant donc par la même occasion au ministre de tutelle qui en nomme les membres, le Conseil d'État a pris une décision d'une gravité exceptionnelle. Le plus important n'est pas là.
En classant X ce film, le Conseil d'État n'a fait qu'appliquer le droit. Or la loi dit que tout film présentant des scènes sexuelles explicites se doit d'être classé X, ce qui implique une interdiction aux moins de dix-huit ans, une TVA à 33 % et la relégation du film dans des salles qui deviennent elles-mêmes classées X. Mais voilà. D'abord, des salles X, il n'y en a plus, depuis que le marché de la pornographie s'est déplacé sur la consommation individuelle, ce qui revient à interdire complètement tout film ressortissant de ce classement. Ensuite, c'est mettre dans le même sac Sade et les romans pondus à la chaîne dans l'unique but d'être lus d'une main, certains dessins de Picasso et des revues dont on ne citera pas les noms, l'Empire des sens, d'Oshima et, au hasard, Journal intime d'une nymphomane. Où fixer la limite ? Comment introduire dans l'absolu des textes un critère aussi subjectif que celui de l'art ? C'est précisément ce à quoi s'est employée jusqu'à maintenant la commission de contrôle des films qui, encore récemment, a refusé le classement X à Seul contre tous, de Gaspar Noé, les Idiots, de Lars Von Trier ou Pola X, de Léos Carax (ces deux derniers présentés en compétition à Cannes), tous titres présentant une scène sexuelle explicite.
En prenant la décision qui fait tant de bruit aujourd'hui, le Conseil d'État prive la commission de toute possibilité d'interprétation au cas par cas. C'est scandaleux. La seule réforme envisageable est que la commission de contrôle des films puisse disposer d'une palette plus étendue qu'actuellement (interdiction aux moins de douze ans, aux moins de seize ans, X, totale) pour protéger la sensibilité et la formation de l'imaginaire des mineurs. Créer, par exemple, une interdiction aux moins de dix-huit ans sans classement X relève du débat d'idées. Interdire totalement relève de la censure la plus absconse, sachant - bien entendu mais précisons-le - que nous ne parlons pas là de films qui se feraient les chantres de théories néonazies, racistes ou autres, ces derniers tombant déjà sous le coup d'autres lois qui ne sont pas en jeu ici."Jean Roy
AICN-DOWNUNDER
Well, last week's censorship editorial got a lot of people fired up, and rightly so. Most people who contacted me seemed pissed off that the Australian Family Association didn't see fit to giving any reasons for their complaints. AICN-D reader "Moppet" did some further research and sent in the following:
Who gets to choose the movies I see? I thought it would have been my self but it seems I was wrong. So, you ask yourselves, if not you then who? It seems that the Australian Family Association (AFA) and more importantly the Christian Democratic Party (CDA) are making my choices for me. The most recent review of Irreversible by the Office of Film and Classification is a good case to highlight this.
On the 26th of November 2003 the OFLC gave Irreversible an R18+ classification and was screened at several film festivals last year. At the time it went under the radar to some degree due to the controversy surrounding Ken Park and its subsequent banning. Irreversible may have received no more attention except that there was an audience for the film and cinemas wanted to give the film a wider release. This is where the AFA stepped in.
On March 22nd 2004 the AFA put in an application for review of the film as an "aggrieved person" which is legal under the law if the application is submitted within 30 days of the classification of the film. In the press release from the OFLC they state that they were reviewing whether or not the AFA had the standing to ask for the review. On the 30th of March 2004 it was announced that they didn't and there it stood until the 26th of May 2004 when the Federal Attorney General asked for a review.
According to the OFLC the Attorney General asked for the review due to a request from the state attorney general from South Australia. This is permissible under the guidelines which state that, "Under the Commonwealth Classification (Publications, Films and Computer Games) Act 1995, the Attorney-General is required to apply for a review of a classification decision, if so requested in writing by a Minister of a State or Territory who is responsible for censorship matters." I know that in order for this to happen that the state attorney general would have to have had a number of complaints from the public past the date of an aggrieved persons review to be called. In this case though I believe we have been hoodwinked and that the people responsible are the Rev Fred Nile and the CDP.
In a press release dated 19th of Feb 2004 Fred Nile states that he has written to the Attorney General of Australia requesting the review of the film. This contravenes the guidelines as I see them as Fred Nile isn't a state attorney general and therefore cannot request the review. While it seems on the surface that everything is above board it doesn't take much digging to realize who is in fact behind the late classification review.
Fred Nile is one of the better known faces in our country and is also the leader of the CDA. He is a homophobic, tea-totaling, god fearing pastor and politician and has crusaded against many forms of entertainment when they don't conform to his high and mighty moralistic ideal of the world. He has tried to ban the Gay and Lesbian Mardi Gras, blocked gay and lesbian Marriage, tried to repeal laws banning discrimination against gay people, and had a major hand in any controversial film classification in the past 20-30 years. The problem here is that he has quite a bit of power as a leader of a relatively small political group and in Australia it only takes one person to get a film banned. Ken Park was banned due to one lady and even though the OFLC received thousands of letters they banned it anyway.
While we are lucky enough that the OFLC did not ban this film we are left to wonder about a few issues. First is how a small minority can attain enough power to influence the lives of so many Australians. Second is how the Federal Attorney General can call for a review of a film when the proof is there that he broke the law in doing so. Third is how we can censor movies that explore issues that are in fact relevant to today's society. In Australia it seems that the people who should make the decision as to what films we can watch are being taken out of the equation, US. Latauro here again. I was also contacted by George Papadopoulos, General Manager of Accent Film Entertainment, the distributor for Gasper Noe's IRREVERSIBLE. He confirmed that there was no way the AFA or their representatives could have seen ANATOMY OF HELL because "their submission was prior to any screening".
George Papadopoulos:
The frightening thing is that in the recent appeal of Anatomy of Hell, the CRB gave the AFA "standing" which is very dangerous and gives them more power to continue to try to ban films. The other thing is that the CRB recently appointed Trev Griffin to Deputy Convenor who is the former SA Attorney General (ultra conservative) and a former member of the Liberal Party. All appointments must be be bi-partisan and not politically biased. Who knows where this would lead?
We are the Australian distributors of Gaspar Noe's Irreversible and we twice attended and defended the film from a possible ban at the Classification Review Board after two appeals from the AFA and the SA Attorney General (it's always the same guys!). It was very time consuming and distracting for our business but we are willing to fight it out with these guys to protect artistic freedom and the chance for Australian cinema audiences to see critically acclaimed films they would never normally see outside the protective surrounds of a film festival. Luckily, common sense prevailed and the CRB did not succumb to the pressure of a minority association.
The second hearing was only a month away from our DVD release so you can imagine what financial hardshop we would have endured if the film was banned after replicating 12,000 DVDs. The reason the AFA has not responded to your emails is that you will be surprised to know that they have not seen the film and have admitted so themselves. We have also just discovered that the AFA has decided to withdraw its submission to have the film's DVD rating reviewed by the CRB. This is progress albeit a small step!
We are a small, start-up independent theatrical and DVD company formed only late last year and our aim is to release edgy, arthouse films that challenge and intellectually stimulate viewers. Films that push the boundaries but which also have high artistic merit and critically acclaimed overseas. We are not here to distribute pure exploitation films with no artistic merit just for mere sensationalism. Why deny Australian audiences the chance to see films that international audiences, including the US and UK, have the freedom to see?
By the way, Irreversible opened in NZ (Auckland & Wellington ) yesterday and just now I received a fax from the Film & Literature Board of Review in NZ that the Society of Promotion of Community Standards has applied to get the classification of the film reviewed (here go again!). They have also asked for the Board to consider preventing any further screenings of the film until it has been reviewed. The Board will consider this injunction order request as well.
In the end, it all comes down to giving Australian audiences the freedom to choose whether they want to see the film or not and not allow any minority association denying them this basic human right.
Thanks for your support. Latauro again. It's great news that the AFA has decided to back off the DVD release of IRREVERSIBLE. It would be interesting to know their reasons. If they ever respond to my weekly emails, I will absolutely let you know. In the meantime, it's disturbing to hear about the New Zealand Society of Promotion and Community Standards (warning bells going off with that name) trying to knock back IRREVERSIBLE's NZ release. Looks like I have a new group to add to my contact list. More news as it comes to hand.
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