Exclusive interviews of Franckie Pain

Frankie Pain a incarné la femme du boucher (Philippe Nahon) dans Carne et Seul contre tous.
Elle avait déjà accordé une interview à Philippe Lowinski pour le site en 2004. Il y a quelques mois, elle a retrouvé l'acteur fétiche de Gaspar Noé dans le court-métrage "Situation critique" de Boris Vassallo* et Guillaume Mezzo avec Jean-Claude Dreyfus dans le rôle principal.
10 ans après le chef d'oeuvre de Gaspar Noé, retour direct et poétique sur la carrière d'un tempérament hors du commun.
 
*retrouvez son interview exclusive à la suite de celle de Frankie Pain
  
http://kubrick77.free.fr/photos/frankie/projo%20m%c3%a9fie%20toi%20de%20l%27eau%20GFPain.JPG
Gaspar Noé & Frankie Pain (1996 - projection de Méfie-toi de l’eau qui dort de Jacques Deschamps)
 
Par Philippe Lowinski
  
Plus de dix années se sont écoulées depuis Seul contre tous, et dix-sept depuis Carne ; avec le recul, que retenez-vous de ces expériences cinématographiques ?  
 
Elles ont marqué le monde entier !
J’ai fait des essais avec les frères Coen pour Paris, je t’aime, et ai été sélectionnée alors que nous étions deux au « final ». Quand je suis entrée dans l’hôtel Hilton et que je me suis retrouvée face à Joël et Ethan, il étaient très enchantés de me rencontrer ; non pas pour les essais que j’avais faits, et qui étaient partis aux Etats-Unis, mais parce qu’ils avaient vu le film de Gaspar Noé. Bien sûr, je pense qu’ils avaient vu aussi Amélie Poulain… mais le choc qu’il y avait dans leurs yeux, étaient dû à Seul contre tous et Carne. Et d’ailleurs, ce sont les seuls réalisateurs qui m’aient choisie pour jouer un rôle de psychanalyste lacanienne, pour représenter la langue française et le Louvre.
Donc, grâce à cette reconnaissance du monde entier des films de Gaspar, je me suis parfois retrouvée dans des marchés, très loin, où des gens, des jeunes, me parlaient du film . Un jour, alors que j’achetais des entrecôtes de Sallers en compagnie de mon petit ami, deux Japonais sont venus m’interviewer et m’ont prise en photo ; ils étaient fous de joie, et mon ami ignorait que, à mes heures, je pouvais être une femme célèbre !
Régulièrement, des jeunes me parlent du film de Gaspar, de l’intérêt qu’ils lui portent.
Et c’est un phénomène qui traverse les générations…
Alors, évidemment, mon corps a changé, je me suis un petit peu arrondie, mais le film est toujours présent dans l’inconscient collectif ; c’est vraiment une grande référence ! Seul contre tous s’est transmis de générations de jeunes cinéphiles, en générations de jeunes cinéphiles. D’après moi, les premiers à être touchés occupent la tranche d’âge 22/30 ans ; et cela n’a pas changé ! Parfois, dans le métro, certains se retournent sur moi et rougissent de joie ! Ils me disent : « Quel bonheur de vous rencontrer Frankie Pain ! Vous n’auriez pas le temps de prendre un café ? ».
 
En l’espace d’un court (Carne) et  d’un long  métrage (SCT), Gaspar Noé vous a icônisée. Qu’est-ce que cela a changé dans votre carrière ? Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle place et d’une image aussi puissante ?
     
Je ne pourrais parler aujourd’hui que d’avantages ! S’il y eut des zones d’ombre, à un moment donné, je pense que c’était dû à nos points de vues divergents sur l’inceste, que certains hommes s’identifièrent à la diatribe du boucher dans Carne ; cela a fait dire un certain nombre de choses, mais ce n’est plus important d’y revenir .
La violence y était incommensurable, et j’avais beau savoir que ce n’était qu’un film, je disparaissais au plus vite, et cela surgissait n’importe où… Des happenings saignants, où les pulsions archaïques s’échappaient comme des hauts le cœur, des vomissements.
Un homme m’a confié avoir vaincu son impuissance face à la Femme, après s’être passé cent fois le film ! Après cela, il m’a envoyé des fleurs blanches pendant un an, et ce, sans jamais rien me demander en contrepartie.

Les gens ont été très marqués par ce qui s’est passé à Cannes lors de la sortie d’Irréversible en mai 2002. D’abord, j’ai eu droit à une tournante echappée de justesse grâce à la puissance de ma voix : j’ai poussé le « kiaï », le cri des samouraïs et les belles petites équipes et leur oizeau prés à s’envoler dans le lieu interdit, ils ont pris la poudre escampette ! Un Miracle !
Il y avait une recherche d’identification au personnage de Monica Bellucci et de moi « premier rôle » dans Seul contre tous ; j’ai été traquée par ces personnes.
C’était vraiment le résultat conjugué des réactions hystériques de la Presse, de ce film, du viol, et de mon interprétation dans le premier long métrage de Gaspar Noé. Ce fut une période très dangereuse pour moi ! J’en ai beaucoup souffert. D’autant qu’à ce moment-là, je n’avais pas de lien particulier avec Gaspar…
Il ne s’est pas manifesté…

Parallèlement à tout cela, il y a des gens qui, toujours à l’époque de Cannes, m’ont dit : « Seul contre tous sera LE film inoubliable ! »
Beaucoup de cinéphiles m’ont fait ce retour par rapport à Irréversible. Ce film, je n’ai pas eu le courage de le voir, eu égard à l’agression dont j’avais fait l’objet. Je ne pouvais pas. Et puis j’avais très peur, car je connais l’univers de Gaspar. J’ai tout suivi : les interviews, la Presse, etc… Donc, je m’attendais à des images très fortes. Concernant la Presse, on était dans le terrorisme intellectuel ! Je pense qu’un jour, je le louerai avec quelques amis ; je me ferai ce baptême.

Pour en revenir aux avantages et inconvénients d’un rôle aussi marqué, je vais vous raconter une petite anecdote vécue avec Christophe Gans pour Le Pacte des loups . Quand il m’a vue au maquillage, il a cru que j’étais atteinte de déficience, voire de débilité ! Il a donc demandé au maquilleur de me maquiller plus « puissamment » ! J’ai alors compris qu’il m’avait choisie sur un film, et non pas sur qui j’étais. Je suis allée le voir, on a mangé ensemble, et à un moment, je lui ai dit : «  Ecoutez Christophe, je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai l’impression que vous m’avez choisie sur le film de Gaspar, et non pas en fonction de qui je suis » .
Il m’a dit : « C’est exact » .
A cela je lui ai répondu : « Dans ce cas-là, on va partir du personnage de SCT, puisque je le connais très bien et que je sais le travail que j’ai fait sur moi pour lui donner vie. C’est d’ailleurs dans ce sens que j’appréhendais mon rôle dans Le Pacte des loups. La mère maquerelle du Pacte, c’est pour moi, un peu l’Irma de Jeunet ».
C’était exactement le modèle qu’il avait en tête !!
Bref, SCT m’a toujours apporté des rôles de femmes fortes… Et puis après, il y avait suffisamment d’images dans le monde du cinéma, pour que l’on me propose des couleurs plus proches de ma véritable personnalité, comme par exemple mon rôle dans Amélie Poulain ; mais toujours avec une certaine pétulance, un côté gouailleur, vous voyez ce que je veux dire ! Mais quand même assez tendre. Une brave femme, quoi !
 
A l’occasion du tournage d’un court métrage, «  Situation critique » de Boris Vassallo, le couple mythique du cinéma français, Frankie Pain / Philippe Nahon, s’est reformé . Comment avez-vous vécu ces retrouvailles ?
 
D’abord je ne savais pas ! Boris et Guillaume (les réalisateurs)ne savaient pas eux non plus, ils n’avaient jamais vu SCT. Moi, lorsque j’ai aperçu Philippe Nahon, j’ai sauté de joie… et lui aussi ! Chose qui m’a énormément surprise, car lors du tournage de SCT, nos relations n’étaient pas aussi chaleureuses. Il avait des relations très tendres et douces avec sa fille (jouée par Blandine Lenoir), mais entre nous, ce n’était qu’une simple collaboration artistique ; nous n’étions pas dans l’effusion. Mais là, notre joie a explosé. Ce qui a beaucoup surpris Boris et Guillaume ! Philippe m’a prise dans ses bras, nous nous sommes embrassés, et je me suis mise à rigoler tellement je trouvais la situation drôle. Il retrouvait ma gouaille, et je ne savais pas qu’il m’appréciait autant, car il ne l’avait jamais manifesté. Durant le tournage, il a eu un regard extrêmement bon sur moi, ce qui était fort agréable, car il ne l’avait jamais eu… du moins, je ne l’avais pas du tout perçu. Je pense que lorsque nous tournions SCT, nous étions dans nos rôles à deux cents pour cent. Nos rapports étaient colorés de la psychologie de nos personnages… tout ceci était conforme. Retravailler avec Philippe était très bien, car les rapports que nous avions n’avaient rien à voir avec ceux précédemment cités. Cette fois-ci, il s’agissait de rapports heureux, d’amour, de complicité, et si cette femme avait toujours un peu d’ascendant sur son mari, cela se manifestait de façon affective et très compassionnelle (il était à la 31ème page, c’était triste !) ; c’est pour cela qu’elle décide de se mettre dans le coup, en devenant l’appât du crime, ainsi, son homme aura la 1ère page dans les journaux. Pour Philippe et moi, cette relation était toute nouvelle ! Jouer à contre-courant dans la violence de nos rapports, n’a pas dû être facile ni pour l’un ni pour l’autre, car nous ne l’avions jamais fait. On ne s’était jamais parlés… Pour moi, ce fut du pain béni que d’être dans ce lien-là avec Philippe. J’ai découvert des couleurs qu’il portait en lui, mais que je n’avais jamais captées. A ce moment-là, j’ai réalisé combien j’avais été seule sur le banc lors du tournage de SCT, mis à part le travail que nous avions effectué avec Gaspar. J’ai connu une grande douleur et une immense solitude à cette occasion. Il y a dans ce court-métrage une dimension réconciliatrice très importante : celle des personnages (le boucher et la patronne du bistrot) et celle des acteurs (Philippe et moi).
On a découvert La Dimension d’Amour !
 
Y avait-il une appréhension de votre part à tous les deux ?
 
Non, car nous ne savions pas que nous allions jouer ensemble. Nous ne l’avons appris que le jour J. Au début, Boris et Guillaume m’avaient trouvé un autre mari, et quand ils m’ont vue, ils se sont dits que, décidément, ça n’allait pas le faire ! Car le rapport des personnalités était déséquilibré, et pas suffisamment fort. Pour cette femme, il lui fallait un « morceau de choix », du poids face à elle, et ce n’était pas le cas…
Ils avaient aussi songé à un autre acteur (dont je tairai le nom) avec lequel j’avais déjà eu sept jours de tournage : une horreur ! Il ne m’avait jamais dit bonjour, poussant l’insulte jusqu’à ne pas me donner le regard lorsque l’on jouait face à la caméra. Cela me semblait risqué de nous mettre face à face dans un court-métrage. Il se trouve que cet homme a dit non, car il était en dépression ; cela ne s’est donc pas fait.

Pour parler d’autre chose, je pense que celui qui nous a mariés (Philippe et moi) pour ce court, est le même qui nous avait unis pour SCT : Claude Wolf du fichier électronique. Lorsque Boris et Guillaume lui ont parlé de Frankie Pain, tout de suite il a pensé à Philippe Nahon, et ce, sans évoquer notre passé cinématographique commun à tous les deux. Quand les garçons ont vu Philippe, ils ont immédiatement réalisé que cela pouvait et allait fonctionner ! Malheureusement, depuis, Claude Wolf est mort… c’était un grand Directeur de Casting qui a servi énormément de premiers films, de courts-métrages, et qui connaissait parfaitement tous les gens qui étaient chez lui. Et quand il proposait des rôles, il n’en proposait que quatre ou cinq, pas plus. C’était des choix qui collaient à chaque fois. Claude Wolf est le grand Ange qui a œuvré à la réconciliation Frankie Pain/Philippe Nahon. Cela me fait plaisir de l’évoquer avec vous dans cette interview, car la dernière fois que je l’ai vu ce fut lors de la présentation publique de Situation critique.
Pour en revenir à Philippe et moi, nous nous sommes retrouvés sur le Pacte des loups, et je pense que nous sommes un couple qui fonctionne sur des longs-métrages. Et je trouve dommage que les réalisateurs n’y pensent pas suffisamment, car on peut faire des choses importantes ensemble. Ceci est une autre histoire…
Avec un peu de chance, dans un énième remake de « La nuit des morts-vivants » ; je suis cynique et cela ne me ressemble pas ! Clap de fin, Senor !
 
Comment reprend-on une situation « conjugale cinématographique » après dix ans de séparation ?
 
Le plus simplement du monde ! J’ai travaillé mon personnage comme je le fais pour chaque rôle. J’ai vu que je retrouvais monsieur Dreyfus, et pour moi, ce fut à nouveau une plongée dans l’univers de Caro et Jeunet avec La cité des enfants perdus, où j’interprétais la femme du dompteur de puces. Et quand j’ai vu Nahon, ce fut comme une apothéose, car je me retrouvais dans une histoire au confluent de deux univers : celui de Jeunet et Caro, et celui de Gaspar Noé. Cela m’a beaucoup fait rire !
 
Si vous aviez su que vous alliez tourner avec Philippe Nahon, cela vous aurait-il desservi ? Auriez-vous travaillé le personnage différemment ?
 
J’aurais fait la même chose concernant la recherche de mon personnage ; mais compte tenu du grand silence qui s’était établi entre lui et moi après la sortie de SCT, j’aurais créé un antidote pour que la relation d’amour se passe bien. En d’autres termes, j’aurais appréhendé…

Durant le tournage de « Situation critique », aviez-vous en tête SCT, ou parveniez-vous à le chasser temporairement de votre esprit, afin d’éviter le copier-coller ?

Quand je prenais les carottes, c’était difficile pour moi de ne pas penser à celles que j’avais réclamées pour Carne, dans la scène du pot au feu et de la sodomie ! Mais cette fois-là, j’avais l’amour en moi pour mon bonhomme, nous n’étions plus dans un rapport de force et de haine .
 
Saviez-vous que Boris Vassallo n’avait jamais vu Carne et SCT ? C’est très troublant lorsque l’on découvre certains plans de « Situation critique » !
 
Je ne savais pas qu’il n’avait jamais vu ni Carne ni SCT, et que malgré tout, certains de ses plans rappelaient ceux de Gaspar. J’étais surtout obnubilée par la référence à Delicatessen. Je pense que Gaspar a influencé un certain nombre de jeunes réalisateurs, car ce sont des éponges, comme tous les artistes.
Dans ce que j’écris, je suis encore très marquée de mes référence, très empreinte, je dirai même, de Roland Barthes, Marguerite Yourcenar et d’autres, sans pour autant leur arriver à la cheville, et c’est vrai pour toutes mes lectures.
Henri Gougaud, ce grand conteur, dans les formes efficaces du récit, le temps imparti à chaque histoire, les métaphores… Et La langue d’Olivier Apert (auteur, poète librettiste) avec qui j’ai eu le bonheur de travailler chaque semaine en élève appliquée pour l’année 2008-2009 !
C’est aussi une manière d’apprendre le métier ! Il est vrai qu’après, il faut parvenir à se détacher pour trouver sa propre griffe, mais c’est un passage normal et presque obligé ; mais je ne me fais pas de soucis pour Guillaume et Boris. Sans qu’ils le sachent, à leur insu, Gaspar a dû les influencer, puisque moi je n’ai pas fait le lien, alors que pour vous c’était évident ! Ce qui veut dire que son souffle a gonflé les voiles de leur court-métrage, bien qu’ils n’aient jamais vu SCT.

Je vais vous montrer des photos du tournage de SCT qui apparaissent sur le site consacré à Gaspar Noé, LTDT. Qu’avez-vous envie de nous dire en les voyant ?

Que le temps a passé, que Gaspar était alors un tout petit jeune homme [commentaire de Philippe Lowinski : il était bien beau avec ses cheveux le bougre !], que moi aussi j’ai changé. J’étais très belle et je ne m’en rendais pas compte. Je suis émue de revoir Martine, celle qui jouait le rôle de ma mère. Il y a des techniciens que j’ai retrouvés sur des longs-métrages ; cela semble très lointain, comme faisant partie d’une autre vie…
 
Avez-vous revu Gaspar Noé, et si oui, dans quelle circonstance ? Quelle émotion avez-vous ressentie ?
 
Eh bien, je sortais d’un magasin où je venais de m’acheter un bâton de rouge à lèvres, du côté de Strasbourg-St-Denis, en vue du tournage du film de Jean-François Richet L’ennemi numéro un, consacré à Mesrine. Et sur qui je tombe en sortant de la boutique ? Sur Gaspar ! Je ne l’avais pas rencontré depuis SCT, lorsque nous avons défendu le film en 1998 à Namur. Je rougissais ! Je m’étais mis ce rouge à lèvres puisque j’allais jouer le rôle d’une vieille pute qui a réussi, et qui est propriétaire d’un bon bistrot dans le 15ème arrondissement. Sortant de là, je me retrouve devant un magasin de soutien-gorge, face à Gaspar Noé ! J’étais rougissante comme une jeune première ! Il a éclaté de rire et m’a dit :
« Dis donc, tu n’as pas changé ! »
Et ça, c’était très agréable. Son émotion était grande, et j’ai vu beaucoup d’amour dans ses yeux, beaucoup de joie… Il m’a donné son numéro de portable (ce qui est une preuve de grande confiance), et m’a dit de ne pas m’inquiéter pour le tournage, que monsieur Richet avait une expérience aux Etats-Unis ; bref, il a repris le rôle du Pater, de mon Papa cinématographique ! L’émotion était d’autant plus forte, que je venais de tenir le rôle d’une patronne de bistrot dans le film de Jean Becker Deux jours à tuer, aux côtés d’Albert Dupontel. Ce dernier avait énormément entendu parler de moi par Gaspar, mais nous ne nous étions jamais rencontrés. Mais quand il a vu que j’étais là, il est sorti de son rôle pour venir me saluer tout en rougissant, comme moi d’ailleurs. On était très émus de se connaître. Après, on n’osait plus se regarder, sauf par miroirs interposés ! Ce qui prouve bien que les acteurs peuvent être extrêmement timides.
Donc, ce fut l’occasion pour Gaspar, de me parler de son film au Japon, puis nous avons parlé aussi du travail de Lucille ; Lucille que j’ai eue après au téléphone… ce fut très agréable. On sentait que la vie avait maintenu un bon goût, et peaufiné notre appréciation réciproque.
 
Donc, là aussi, il y eut apaisement ?

Je crois que lorsque l’on est maître d’œuvre d’un film, il peut y avoir des développements un peu angoissants de la part d’un réalisateur. J’ai une forte personnalité, du moins je donne cette impression, mais je suis aussi une femme très fragile. Les gens qui n’ont pas confiance en eux en font toujours trop, ce qui, à cette époque, était le cas.
Aujourd’hui, je suis « tout court » !
Parfois, les gens ont tellement peur d’être débordés par moi (alors qu’ils ne savent pas quelle éducation j’ai, personne ne le sait vraiment), que du coup, ils me ferment la bouche ! J’ai remarqué cela aussi chez d’autres réalisateurs… je dégage pour eux des choses qui les effraient. Et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles ils n’ont pas été plus curieux que cela. J’aimerais bien qu’ils aient un peu plus de courage ! Ceux qui ont peur d’être débordés par moi (je me répète !), développent des fantasmes « étouffe-chrétien », beaucoup ont sur leurs désirs, des hoquets d’anorexiques !
Quand les gens ont peur, on ne peut rien faire ; crever de « fin » car sans boulot…
Après y avoir consacré sa vie, difficile de se faire réengager dans les hôpitaux, mon diplôme n’est plus valable et l’enfance inadaptée : « Vous avez quitté le monde du réel pour les paillettes, eh bien, restez-y ! ».
Silence, hôpital !
Silence, on tourne…
 
Un grand merci à Mme Françoise "Frankie" Pain ainsi qu'à Philippe Lowinski
 

 
Conversation avec Boris Vassallo, le réalisateur de « Situation Critique », avec Frankie Pain et Philippe Nahon
 
Par Philippe Lowinski
 
http://kubrick77.free.fr/photos/vassallo/100_2559.JPG
Philippe Nahon, Frankie Pain et l'équipe de "Situation critique"

Quel a été votre parcours artistique ?
J'ai commencé à vouloir réaliser des films lorsque j'ai arrêté mes études de mathématiques et d'informatique. Le problème est que je n'y connaissais rien ou très peu ; je me suis donc exercé, chez moi, avec des amis, à monter des films tournés en un soir. Voyant que je prenais tout ceci avec beaucoup de conviction, j'ai pris mon courage à deux mains, quitté mon Sud natal, et rejoint la capitale pour faire des études de cinéma. En trois ans, tout est allé très vite. J'ai enchaîné une dizaine de courts-métrages, dont "Situation Critique", film de fin d'étude, coréalisé avec Guillaume Lemezo. Depuis je coécris un autre court fantastique au côté de Tibaud Vaneck, et je débute l'écriture d'un premier long-métrage. Et ça, c'est une autre paire de manches.
 
Parlez-nous de la Genèse de « Situation Critique »
Situation Critique est un projet d'école. C'est un film adapté d'une nouvelle de Pierre Siniac, qui elle se déroule dans le futur. L'univers nous a tout de suite emballés. Le principe de critiques criminels et la façon détachée, presque "sportive" qu'ils ont de parler de meurtres commis par des stars du crime... Nous voulions faire un film inspiré de l'univers Caro et Jeunet, cette nouvelle était juste ce qu'il nous fallait.
 
Comment votre choix s’est-il porté sur Frankie Pain et Philippe Nahon ?
Nous avons tout d'abord contacté Jean Claude Dreyfus, pour le rôle principal, chose qu'il a accepté assez rapidement. J'avais eu la chance de rencontrer Frankie lors d'un casting dans le sud de la France quelques mois auparavant. La réflexion fut de très courte durée: j'ai soumis l'idée à Guillaume, nous avons contacté Frankie, une rencontre dans son merveilleux atelier de couture. Nous étions très flattés lorsqu'elle a accepté le rôle. Restait à trouver son mari. Trois jours avant le début du tournage, Agnès Giudicelli, costumière du film, me parle de Philippe avec qui elle travaille en ce moment. Nous lui avons envoyé par courrier le scénario, Philippe est passé sur le tournage lors de la première journée pour nous annoncer qu'il faisait le film. Le casting était complet.
 
Concernant le tournage, comment dirige-t-on d’aussi fortes personnalités lorsque l’on est si jeune ?
Ce sont de grands acteurs, et nous étions très impressionnés. Mais nous avons travaillé comme avec n'importe quel comédien. Si quelque chose ne nous convenait pas (ce qui était rare), nous n'hésitions pas à le dire. Ce fut un vrai plaisir de pouvoir diriger des acteurs de cette trempe, nous en avons énormément appris.
 
Vous n’avez découvert les films de Gaspar Noé que bien après . Comment expliquez-vous que le Destin vous ait fait réunir à nouveau ses deux acteurs fétiches ?
Je ne peux pas expliquer le Destin. En revanche je le remercie du fond du coeur. Peut être avons nous vu ce que Gaspar Noé a vu lorsqu'il les a rencontrés de son côté...
 
Et cette hallucinante scène d’épluchage de légumes qui renvoie à « Carne » sans que vous l’ayez voulu, comment est-elle née ?
Nous avions écrit une séquence dans une cuisine, où M. Cauchon (Philippe Nahon) et sa femme (Frankie Pain) découvrent l'article de journal descendant le crime commis par M. Cauchon la veille. Nous avons eu beaucoup de mal à trouver le décor adéquat. Pour cette raison, nous l'avons construit en studio. Lors du montage du décor, nous sommes arrivés avec Guillaume, à l'instant où la cuisine était en place sans les feuilles de décors. Nous avons donc pensé à une longue scène de cuisine avec Frankie pendant que Philippe lit l'article. Il nous fallait également un point de repère pour Frankie, de manière à la reconnaître par la suite en un seul coup d'oeil, d'où les pansements aux doigts. L'épluchage était donc une bonne solution pour la description du couple, ainsi que pour la narration.
 
Quelle a été votre réaction après le visionnage de « Carne » et « Seul contre tous » ?
J'ai d'abord été ému de revoir Frankie et Philippe dans une cuisine... Ensuite je les ai revus une seconde fois, puis une troisième. Ce sont deux films envoûtants.
 
Pensez-vous que « Situation critique » s’est écrit malgré vous, et que Quelqu’un d’autre que vous guidait votre plume ?
C'est possible, je ne me suis jamais posé la question. Dans tous les cas je pense que lorsque j'écris une histoire, les mots s'enchaînent les uns à la suite des autres. A nous de les canaliser en une histoire concise.

Viscéralement et artistiquement, comment réagissez-vous à l’univers de Gaspar Noé ?
Après le premier visionnage de "Irréversible", mes mains ont continué à trembler pendant dix bonnes minutes. Je suis allé me coucher directement. Ce n'est pas la dureté des images qui m'a touché, mais les questions soulevées par le film. J'y pense encore. Lorsque j'ai vu "Carne" et "Seul contre tous", j'étais déjà plus averti. Selon moi, et viscéralement parlant, Gaspar Noé est l'autopsie de nos gastro-entérites quotidiennes. Enfin je me comprends...

Avez-vous retravaillé avec Frankie Pain ou Philippe Nahon, et si oui, à quelle occasion ?
Je n'ai pas eu cette chance et je le regrette. Du moins je n'ai pas encore eu le projet qui me l'aurait permis.

Quelle est votre actualité, et quels sont vos projets ?
Je suis actuellement en écriture d'un court-métrage fantastique avec Thibaud Vaneck, un ami, et je débute l'écriture d'un long plus personnel sur le milieu de la prostitution à Marseille.

Si, par l’intermédiaire de notre site Le Temps Détruit Tout, vous souhaitiez faire une déclaration à Gaspar Noé, quelle serait-elle ?
Quand est-ce que tu viens manger à la maison ?
 
http://kubrick77.free.fr/photos/vassallo/situation%20critiquePain.JPG
Dernier jour de tournage de Situation critique
 
Un grand merci @ Boris Vassallo & Philippe Lowinski
 
Autre films films :
Callisto avec Lubna Azabal
Tunel avec Nils Haagensen, sur un texte de Gaspar Noé

FRANKIE PAIN : SEULE CONTRE TOUS
Interview menée par Philippe Lowinski
 
 
Un visage jovial empreint d’une bonhomie évidente.
Un sourire charmeur et des yeux qui pétillent de malice.
Une chevelure que Casque d’Or n’aurait pas reniée.
Un corps généreux, voluptueux qui appelle la Maternité.
Voilà Frankie Pain.
Rien à voir avec la détestable matrone castratrice de « Carne » et « Seul contre tous », dont le personnage est à sa façon tout aussi odieux  que celui du boucher.
Qui se ressemble s’assemble.
Et ces deux-là étaient faits pour se rencontrer !
Il fallait un sacré talent pour donner vie à une telle mégère , sans sombrer dans la caricature.
C’est l’apanage des Grands que de parfaitement maîtriser les excès d’un rôle sans pour autant les gommer, et en conserver ainsi l’essentiel.
Frankie Pain est de cette trempe !
 

 
Samedi 29 août 19h00.
Mon téléphone sonne, c’est Frankie Pain.
La surprise est totale, car ma demande d’entretien est très récente.
Je suis ravi.
La voix est chaleureuse, le ton très enjoué voire passionné.
Le verbe est précis.
Chaque mot est ciselé comme  une gemme, la diction est parfaite… à cela rien d’étonnant
Frankie Pain est Conteuse.
 
 
L'interview par Philippe Lowinski

• Vous êtes comédienne depuis 1972, et votre parcours artistique semble complet, puisque vous avez touché à tout : théâtre, télévision et cinéma.
Comment tout cela a-t-il commencé ?
 
Effectivement, je suis comédienne depuis 1972 … vous êtes bien renseigné Philippe !
En 1971, major de ma promotion en radiologie médicale, j’ai obtenu un poste au CHR de Bordeaux.
Libre de ces études, je pouvais me livrer à l’art dont j’avais toujours voulu intégrer les rangs.
Le Groupe 33 et le metteur en scène Jacques Albert-Canque m’accueillirent.
Et après une année d’expression contemporaine (mime, danse, techniques d’acteurs), je commençais très vite à jouer.
Cette compagnie semi-professionnelle faisait trois créations par an.
Nous n’étions pas soumis à un cahier des charges.
Notre salaire (pour chacun du groupe), venait de notre autre métier.
Nous avions un public fidèle, une place très honorable dans le théâtre bordelais et les festivals en Allemagne.
 
Frankie Pain au théâtre à Münich en 1975

Ainsi débutèrent mes années d’apprentissage.
Recherche, dramaturgie, écriture collective étaient notre mode de travail. C’était la friandise de la création dans les années post 68.
Nous abordions le texte proprement dit dans les derniers mètres avant les représentations.
Sans le savoir, cela me préparait au travail du long-métrage … lorsque tous les éléments du jeu sont rassemblés pour l’alchimie de toute une équipe … autour du mot ACTION !
Comment cette histoire a-t-elle commencé ?
Dans certains contes, les prédictions sont écrites comme dans « La Vouivre » de Jean-François Bladé, sur le bois du lit nuptial.
Pour moi, ce fut sur mon berceau … qui saura dire la légende ?
A six mois dans mon landau, je tournais avec ma mère « La foire aux femmes ».
Une expérience qui la toucha beaucoup et fut l’objet de nombreux commentaires dans ses rêveries à haute voix.
Ou l’engagement de mes parents dans le théâtre amateur du curé du village pour payer le voyage à Lourdes aux nécessiteux de miracles (mon premier long-métrage « Le miraculé » de Jean-Pierre Mocky).
Ils jouaient les premiers rôles de Molière, de Marivaux et moi, ravie, je ne ratais pas une répétition.
J’adorais être là, assise sur les bancs de la salle des fêtes qui servait de marché couvert le mercredi.
A la maison, c’était « Qui a peur de Virginia Woolf » et sur scène « Les amoureux transits ».
Ce mystère de la Vie à la Scène a dû certainement être la première graine de mon désir pour l’art de l’interprétation.
L’amour du changement, de la métamorphose, l’amour des histoires.
D’un côté, une grand-mère « robeuse » (1) dans les châteaux de Vendée chez les royalistes.
Elle ne lâchait jamais son ouvrage, racontait ce monde des grandes réceptions, des parties de chasse et les travers d’une société brillante qui collectionnait des attitudes pas toujours catholiques.
Tirés à quatre épingles, ils ne rataient pas un office.
Parfois, les châtelains et leurs bons amis jouaient de l’orgue le dimanche pour les chants en latin.
L’autre grand-mère, maîtresse-femme d’une grosse ferme, organisait les repas avec les domestiques, pour les amis et les journaliers qui effectuaient les travaux des champs.
Alors, autour de la grande table, toutes ces mains occupées aux épluchures, aux farcis et conserves, racontaient les dernières nouvelles du village … parfois, on faisait des blancs, des gestes pour ne pas dire et continuer l’histoire en ma présence ; et moi, j’étais au
« pétacle ».
Mon attrait pour les non-dits du langage, le non-verbal dans les films où je cherche au mieux d’être déliée, afin d’offrir à l’image cet autre langage et faire surgir les strates des inconscients des personnages que l’on me confie.
J’aime les réalisateurs qui me font confiance.
Et quand le mot n’arrive pas tout de suite et qu’il survient après, c’est souvent cette prise qui pour moi est la bonne.
Je souris intérieurement lorsque mon partenaire me dit après la prise : « Alors ! Tu l’enchaînes le mot ! » … qui détient la vérité ???
A un moment, si je tiens les manettes, du mou m’est demandé … ou un craché.
On dirait surjouer, mais il y a des mots qui ne peuvent sortir que comme des balles ou un lâcher de rasoirs bien aiguisés.
 
 
• Votre parcours artistique semble complet.
 
Mon parcours artistique semble complet ?
Que Dieu vous entende !
Je devrais travailler beaucoup plus souvent que je ne le fais.
10 ans de théâtre, 20 ans de télévision et de cinéma.
J’ai touché à tout ?
Mais est-ce toucher ?
Je me suis roulée dedans comme dans les vagues de la mer, immergée, cela a fait corps avec ma vie.
C’est pour cela que je suis si grosse ! (Rires)
Cela prend de la place les alluvions du fleuve des rôles, le fantasme généré chez l’autre, la perte de repère que les autres n’ont pas de votre vraie identité.
Ce n’est pas très important qui on est (enfin !), sauf pour soi et les siens, cette intime famille à qui vous arrachez les tripes quand vous jouez les méchantes.
C’est pour cette raison que je me donne le devoir de le faire, uniquement lorsque c’est justifié, et non pour un effet GORE gratuit. Ou alors cela m’a échappé.
Comment cette histoire a-t-elle commencé Philippe ?
Voyez-vous, c’est facile après avoir parcouru un demi-siècle, de voir les enjambements.
Sans être une Lacanienne pure et dure (j’aime être une fidèle infidèle), on est en pleine école de la cause.
Quand on voit les choses à rebrousse-poil c’est facile, l’évidence même.
Un autre événement a été le moteur d’un grand déploiement d’imaginaire.
Mon père était au front pendant les cinq ans de la guerre d’Algérie dans un triangle djebel entre Bougie et Constantine …
Engagé dans l’armée pour nourrir sa famille.
 
Souvenirs d'Algérie

Agé, il avait été reçu à un engagement tardif dans l’infanterie de marine, grâce à ses activités dans le maquis pendant la guerre 39-45, et à la dernière année passée en camp de concentration.
L’éducation des jeunes appelés Africains au Sénégal, même loin de son pays, était simple et agréable.
Il enseignait le français et la mécanique.
 
La mosquée de Sidi Soufi

Mais il fut rappelé pour cette horrible guerre d’Algérie (il ne s’en est d’ailleurs  jamais remis, comme tous ceux qui l’ont faite ; à  part ceux jouissant de l’état de barbarie déployée en temps de guerre).
Eh bien nous, à la maison avec le reste de la famille, pour conjurer le pire, avec ma sœur ma complice, nous inventions des rituels.
Et en jouant aux osselets, suivant les résultats, nous imaginions devant la boîte à lettres les raisons de la quasi habitude d’absence de courrier et sans nous le dire, nous manipulions le jeu pour détourner les horribles pronostiques.
 

Nous devions maintenir le rire, la gaieté dans une maison habitée par l’angoisse, l’absence, le silence et la mise en quarantaine à l’école à cause de la guerre d’Algérie ; les gamins ne comprenaient rien, mais à l’écart nous étions.
Quand nous étions dans la même école avec ma sœur, c’était bien.
Mais quand elle était dans une autre école (ouille !) …
Eh bien j’ai résisté grâce à mon amour, déjà, des histoires, de la lecture.
Je restais dans la classe à la récréation.
Je lisais.
Pour les vacances, je revenais au village et je ravissais tous les gens avec mes mots.
Ils aimaient m’entendre, et pendant que les repas se préparaient à la ferme, je racontais aux journaliers des histoires.
Ils oubliaient la fatigue des champs, ils riaient de bon cœur, ils m’appelaient la Pompette (du nom des petites poules naines en Charente-Maritime).
Et dans le « queureux » (la cour de la ferme), le cercle s’élargissait.
Ma sœur, toujours ma secrétaire, à l’époque toujours fascinée de mes mots et inventions, écrivait ce que je racontais.
C’était commencé … et là, j’oubliais la douleur de la mise au silence de la cour d’école, les larmes de ma mère, ses colères créées par son angoisse de l’Algérie.
Et j’étais riche, riche de tout.
J’avais lu, imaginé, ce qui m’avais permis de tenir.
Et je voyais des visages heureux.
C’était commencé …
Après, c’est comme la construction d’une pyramide ; la vie a continué d’offrir les pierres qui m’ont amenée à 33 ans à dire : « oui ce sera mon métier ».
Après ces dix ans de pratique amateur, contenant aussi  le conservatoire de Bordeaux et quelques travaux avec les compagnies bordelaises CDA, Fartov et Belcher, le théâtre des Chimères à Bayonne, Paris s’imposait donc.
La peur au cœur, le courage vent-arrière, mon talent manifesté par le public était ma vaillance et mon audace.
 
 
• En lisant votre itinéraire, on s’aperçoit qu’il  y a très peu de temps morts.
Etes-vous un bourreau du travail et prenez-vous tout ce que l’on vous propose ?
 
Je ne suis pas un bourreau de travail Philippe !
Il faut ce qu’il faut, 33 ans c’est tard  pour commencer ce métier.
Les familles sont construites.
Je suis la première de la famille à choisir ce métier.
En exil de mon Aquitaine et de mes Amis,  pour rencontrer des Maîtres et peaufiner l’apprentissage acquis par la pratique de plateau. Il me fallait apprendre la technique.
Faite pour le théâtre qui ne m’ouvrait pas ou si peu ses portes, il me fallait apprendre la différence pour le cinéma, lui qui m’accueillait.
J’ai eu le bonheur de rencontrer … « secret ».
Mon entraînement avec lui me valut des étiquettes incroyables (quand on est un être sensé quelle belle boîte à outils !), complété par d’autres méthodes glanées et adaptées à l’art du cinéma.
Le plus difficile maintenant, c’est d’obtenir des rôles.
 
Costumée en Gorgone pour le Camille Claudel de Bruno Nuyten...
le projet ne verra pas jour
 

Mais comme un danseur, un musicien, chaque jour je travaille mon instrument ; et grâce à un voyage de sept pièces de théâtre que j’ai écrites et jouées, j’ai découvert le Conte …
Aujourd’hui conteuse, je soigne ma mémoire, la vivacité de l’esprit d’adaptation, la maîtrise de toute la structure du Conte, les personnages évoqués, simplement le trait des caractères. C’est comme un peintre, quelques touches et c’est là.
Et pour mettre la vie au conte comme dans  l’écriture Haïku  avec toute la matière, ici les cinq sens.
Toujours en éveil et affûter l’instrument.
Il faut ce qu’il faut.
Jacques Deschamps, réalisateur de « Méfie-toi de l’eau qui dort » (Festival de Venise 1996) avec qui j’ai eu la joie de travailler, répondit un jour à cette question :
« C’est comment la vie d’être réalisateur ? »
« Tous les jours, tout le temps » me répondit-il.
Cela m’a rassurée.
Vous souhaitez savoir Philippe, si je prends tout ce que l’on me propose ?
Pour les courts-métrages, je choisis très serré.
Pour les longs …
Sauf des choses très antinomiques avec mes valeurs fondamentales.
Le reste, devoir trouver une justification face au rôle, s’il est vraiment abject.
Autrement, c’est pour l’aventure d’un film, d’une histoire, d’un capitaine de vaisseau (le réalisateur) et de son équipage.
Le lien est si important, de chaque maillon.
J’aime le corps – d’une équipe cinématographique comme une baleine contenant le tout.
C’est beau à pleurer.
A bout de souffle, du même souffle, tendu sur le même fil…
 
 
• A l’instar de Philippe Nahon, vous êtes à la fois présente dans de grosses productions (Amélie Poulain, Un long dimanche de fiançailles) et dans des réalisations plus modestes (courts-métrages, télé).
Est-ce pour vous un passage obligé et nécessaire ?
 
Effectivement, c’est bien observé Philippe.
Mon cœur est au long…
Il y a, j’ai mémoire, « La nuit africaine » de Gérard Guillaume où je jouais avec Bernard Fresson (sur Antenne 2).
J’y tenais le rôle d’une mère maquerelle de la Bodega à Dakar.
J’étais habillée par les costumes de la SFP, somptueux.
Il y a de très belles choses en télévision.
Tout est apprentissage, dextérité.
La compétence, la rapidité, y être aussi bonne que dans un long-métrage.
Chaque plateau a son attrait.
Sans avoir été une passionnée de train électrique, j’avoue que les grues, les appareils sophistiqués avec lesquels on joue comme avec deux partenaires ou plus, et d’être encore plus en harmonie avec une équipe, c’est un beau challenge.
Et un bonheur partagé quand on s’épuise et réussit ensemble.
C’est comme un chœur antique avec les protagonistes…
 
Photo de tournage de La Cité des enfants perdus
 
 Photo de tournage de La Cité des enfants perdus
 
Photo prise durant Un long dimanche de fiançailles
 
 
• Comment alternez-vous vos passages sur les planches et devant la caméra ?
 
C’est la Vie qui choisit …
 
 
• Vous ne ressemblez à personne dans le paysage cinématographique français et personne ne vous ressemble.
 
Je prends cette phrase comme un compliment, mais ne la développerai pas …
Le mystère d’une rondeur insistante, fait que l’on doit s’aménager avec.
L’avantage, aucun réalisateur n’a le même fantasme.
C’est un avantage !
Il leur manque de mots à cette « dodue » …
Avec l’âge, cela devrait basculer et je devrais obtenir plus de seconds rôles, comme dans les films des années 50.
Maintenant, après les TAPAS de la trajectoire de Mme Frankie Pain, abordons le plat de résistance, et les raisons de cette interview : GASPAR  NOÉ !
 

• Comment se retrouve-t-on embauchée par Gaspar Noé ?
 
Gaspar Noé fait partie de cette famille de réalisateurs à ne pas aimer les acteurs, et à préférer un mixte acteurs-non acteurs comme Kean Loach …
Pour le rôle de la patronne de la Villette, il avait envisagé et commencé avec une charmante belle dame brune, opulente et sensuelle.
Mais devant faire et refaire, après avoir tourné quelques scènes, il dut envisager une autre solution.
Le fichier électronique Claude Wolf, un très bon chasseur de têtes, qui avait déjà trouvé Philippe Nahon (si ma mémoire est exacte, depuis le temps …), a dirigé Gaspar Noé vers moi.
Je le reçus dans une cour intérieure de la rue Ramponeau, dans ma maison entre deux arbres.
Je vous joins les photos.
 
Cour intérieure de la rue Ramponeau
 
Frankie au travail dans son ancienne cour
 
Frankie Pain dans son ancienne cour, par où arrivait Gaspar Noé
 
Frankie Pain à son bureau
 
 
Au travail

La rencontre était historique, le cadre ayant lui-même disparu aujourd’hui.
Au bureau, face à moi, au milieu de mes livres, manuscrits, dessins et tissus, il m’a raconté l’histoire de Carne, du boucher, de la patronne du bistrot, du boucher et de sa fille, de la viande chevaline.
Gaspar était très précis.
Avec cette voix spécifique, cette voix de confidence, ses sourires, sa grande culture et son intelligence.
L’histoire m’a conquise, l’Etre aussi.
Dans mon Médoc, où je travaillais en action éducative en milieu ouvert, j’avais été en mission auprès d’enfants autistes ou ayant des formes déficitaires proches de l’autisme et souffrant des suites d’inceste.
Je pouvais donc par ce rôle, servir l’art et m’engager dans une voie éthique.
Je pouvais prendre à bras le corps ce personnage différent de moi, dont Gaspar me sollicitait pour traiter son histoire.
Nous avons visité la garde-robe sur ses bases de recherches, et après qu’il m’eut remis quelques pages de chaque séquence, je me suis mise à penser, chercher, mesurer et dessiner pour me mettre au diapason de Gaspar et de son histoire.
 
Essais : brune ou blonde pour le rôle ?
 
 
 
Essais de vêtement la veille de la rencontre avec Gaspar Noé
 
 
 
 
Janvier 1994 proposition d'habit pour la ptronne de bistrot

Ci-joint, quelques photos de mes dessins et aquarelles faits lors de mon travail préparatoire.
Carne et Seul contre Tous s’enchaînent.
 
dessins et aquarelles faits Par Frankie Pain lors de son travail préparatoire sur Carne
 
dessins et aquarelles faits Par Frankie Pain lors de son travail préparatoire sur Carne
 
dessins et aquarelles faits Par Frankie Pain lors de son travail préparatoire sur Carne
 
dessins et aquarelles faits Par Frankie Pain
lors de son travail préparatoire sur Carne
 
dessins et aquarelles faits Par Frankie Pain lors de son travail préparatoire sur Carne

Le temps, la vie, le lien permanent avec Gaspar.
Très souvent au téléphone nous parlions cinéma, et … droit de réserve.
Il fut mon maître dans mon peu de connaissances cinéphiliques, il m’initia à regarder, à entendre.
Je lui dois d’avoir marqué une ou deux générations de jeunes publics qui me manifestent respect et considération encore aujourd’hui.
C’est souvent l’occasion de tendres et très agréables échanges instructifs sur le cinéma.
Lors de rencontres au Forum de l’Image, dans la rue, les Festivals … partout dans le monde, en anglais, en espagnol, en japonais.
Il a éveillé mon sens critique, m’a encouragée à écrire mes pièces de théâtre.
Il fut quasiment le seul à avoir suivi les prémices de ma saga « Les fracasseries de Rose » dans le lieu « y a de la joie », mon laboratoire avec public du 20ème arrondissement.
 
Les fracasseries de Rose
 
Les fracasseries de Rose
 
Les fracasseries de Rose
 
Les fracasseries de Rose - Les Marylin Marron
 
Les fracasseries de Rose - Les Marylin Marron

Souvent, il faisait référence à Albert Dupontel : ses spectacles.
Je ne révèle rien de secret, puisqu’il est à l’affiche de son troisième film « Irréversible ».
Malgré son plus jeune âge que le mien, Gaspar a eu une fonction paternelle pour moi, d’initiateur cinématographique.
 
 
• Aviez-vous vu « Tintarella di luna » et « Pulpe amère » ?
 
Non, je ne les avais pas vus.
 
 
• Je trouve la patronne de bistrot très castratrice.
Le ressentiez-vous ainsi ?
 
Vous savez, je travaille méthodiquement.
Un personnage, c’est comme un jeu de piste : il y a ce que dit le réalisateur, ses écrits et le dessin
A partir de là, j’explore et je pars à sa rencontre … la rencontre de nos différences.
Elle parle peu, elle est, elle agit.
J’observe dans mon environnement ou ailleurs, les êtres qui semblent le plus lui ressembler.
 
Frankie Pain entourée de deux amies
 
Femme de ménage de Frankie Pain
dans la cour de la rue ramponeau
 
Personnes hautes en couleur de la cour. Dessin de Frankie Pain en haut à gauche.
 
Personnes que Gaspar Noé devait croiser
 en allant voir Frankie Pain.

Puis dans mon laboratoire, je reproduis, je délimite son cadre …et je m’immerge pour alors trouver ses pensées intérieures.
C’est ainsi que je découvre les petits détails de sa gestuelle, de ses dessous, de ses habits et de ce qu’elle fait dans ses différentes scènes.
Je découvre ses tics, ses mots et je les offre au réalisateur… Gaspar en l’occurrence.
 
Photo du tournage de Seul contre tous

C’était la première fois que j’avais à faire avec un personnage contemporain si différent de moi.
C’est comme cela que j’ai proposé à Gaspar mes dessous noirs, « le corps marqué » de la guêpière noire et les bas. Au moment de la scène du lit, où j’avais froissé la lettre du boucher à sa fille pour la glisser entre mes seins.
Gaspar l’avait envisagée nue.
Pour moi, à ce moment précis, cette femme ne pouvait être qu’en position de force.
A partir de 30 ans, une femme ne se montre jamais nue.
Le baiser au boucher.
Là c’était l’actrice !
 
Photo du tournage de Seul contre tous

Je ne m’étais jamais trouvée en position de femme « la main panier du monsieur », sans que celui-ci soit en éclat.
Il n’y a évidemment, que quand on travaille en situation avec des acteurs de « l’Actors’ Studio » que cela se produit (cela m’est arrivé).
Mais la situation du rôle du boucher, dans la cave, picolant sa bouteille de Rhum, c’était vraiment pour l’actrice.
J’ai demandé qu’on aille chercher une carotte !
Je ne sais ce que l’accessoiriste a trouvé.
Cela nous a bien fait rire (certains).
Moi, j’avais pu faire mon premier baiser au cinéma … CUT.
 
Photo du tournage de Seul contre tous

Pour la scène de la cuisine, là aussi je la voyais en train de préparer le pot au feu, portant une gaine mémère, enceinte, ses projets accomplis, épluchant carottes et oignons.
Pourquoi donc aurait-elle encore séduit le boucher.
Nous nous sommes mis d’accord avec Gaspar … j’ai eu mon oignon, ma carotte et il a pris ma tenue de mémère que j’avais apportée … et le reste (carte de réserve).
J’aime d’ailleurs cette quête du détail infime pour chacun.
Je cherche profondément la logique interne du personnage, pour offrir son adéquation avec le scénario, sa ligne de conduite avec ce qu’elle est.
Le reste appartient au réalisateur et au public.
 

• Est-ce jubilatoire de jouer l’excès à ce point ?
 
Oui.
J’aime le travail bien fait. Cela fait partie de mon éducation et de ce que m’ont enseigné mes maîtres, mes patrons.
A la ferme, soigner le bétail, réussir une greffe d’arbre fruitier, choisir l’étalon pour la jument ou le taureau pour le troupeau de vaches.
Avoir la belle qualité d’un cliché radiologique pour le diagnostic.
Faire des compléments d’exploration, pour accomplir avec tous les éléments nécessaires, une intervention chirurgicale.
Pour un rôle c’est pareil.
Le réalisateur a planté le cadre et l’on doit faire vivre ces personnages dans le meilleur épanouissement.
Ce qui est jubilatoire, c’est lorsque l’on observe le réalisateur et que dans ce que l’on a pu appréhender de lui, on sait en le regardant et en écoutant la respiration de l’équipe, que c’est là dans la boîte. Et le cœur bat le temps de la Lili (2) et du poil au cadre.
Et qu’avec cela, on peut faire quelque chose de bien et que l’on a répondu à son fantasme.
En bonne hystérique, répondre à ce point au désir de l’autre est de l’ordre d’une très grande satisfaction, une forme d’EXTASE.
Exemple : la scène de la discorde avec Philippe. Ce plan-séquence NON ÉCRIT atteint son paroxysme – après rupture interne, la femme pleure son enfant, et comme un animal se traîne à quatre pattes … Tous les ingrédients avaient été  recherchés en moi en strates successives, quémandés dans ma minutieuse préparation d’un état d’improvisation.
[J’avais besoin de savoir si le personnage était enceinte ou pas ; on n’est pas la même femme habitée de vie d’une progéniture].
 Tous ces éléments sont venus en fondu et enchaîné à la première répétition et après 40 fois.
Le plan- séquence fut reproduit pour les besoins de la cause gasparienne.
[Sur cette scène quasi improvisée, je ne sais quel contre-transfert a parcouru l’échine neuronale de Gaspar, pour qu’il ait porté aux nues les qualités improvisatrices de son acteur, et de ne pas avoir nommé les miennes !]
Mon reproche à Gaspar Noé concernant cette scène, c’est qu’il ne disait pas « Action ! ».
Et c’était très dur pour moi, de me lancer avec la charge intérieure que j’avais.
 
 
PAX
 

• Philippe Nahon et Blandine Lenoir me disaient qu’il y avait beaucoup de rires entre les prises.
En était-il de même pour vous ?
 
Mes liens étaient plus avec Martine ma mère.
Pour le reste, j’accomplissais la coiffure, le make-up et les raccords ; ce qui ne me laissait guère le temps de m’éparpiller entre les prises.
Détente et recharge de la différence entre le personnage et moi-même.
Cela faisait pas mal de choses à faire.
 
Frankie Pain en compagnie de Lucile, monteuse et scripte

Durant les temps morts, s’il y en avait,  je cousais la layette du « futur enfant fiction ».
Cela me servait de paratonnerre ou de prise de terre ; ainsi j’élaguais le trop.
Je complétais le manque à la situation par mes petits cahiers de dessins ou d’écriture, que j’avais composés comme guides en cas de panne.
 
 
 
Proposition de Mère pour la patronne du bistrot,
mais qui ne fut pas retenue par Gaspar Noé
 
• Le cinéma n’est-il pas qu’un jeu, en dépit des apparences ?
 
Qu’un jeu ?… en dépit des apparences !
Un jour, dans « La maison des Bernardas » de Garcia Lorca, je jouais le rôle de Magdalena.
Le jour de la Première, le public était à un mètre de moi, de nous … je le sentais ailleurs du personnage chaque soir.
Je réinterrogerais chaque scène, j’interrogeais le metteur en scène, et nous n’arrivions pas à comprendre.
Je relisais Lorca, d’autres pièces de lui pour comprendre la résistance sur ce personnage …
Je refaisais la liste d’un sociogramme sur la famille, les sœurs …
Au bout d’un moment de cette assiduité, le public m’accompagna par son regard dans l’histoire.
Un soir j’ai trouvé et j’étais tranquille.
Le metteur en scène, après une grosse bouderie, m’avait accordé ma trouvaille.
C’était là.           
Revenons à Gaspar.
Concernant les apparences il faut que les pions du jeu soient à leur place.
Il y a une anecdote de taille entre Gaspar et moi, qui a facilement duré six mois.
Un point de son synopsis concernant la patronne était illogique compte tenu du personnage …
Ce dernier, la patronne, perdait sa logique.
Alors j’ai refusé de jouer la suite. J’allais trahir tous ceux qui avaient cru à la femme de « Carne ».
Mon compagnon de l’époque, me voyant fort dépitée après cet incident majeur […].
Je lui raconte, il convient de ma justesse, j’avais confiance en lui.
Son savoir longuement éprouvé dans des chaires d’ethnologie du monde entier lui fit me répondre : « Ma chérie, c’est toi qui porte le corps, le tout du personnage, c’est toi qui seras fautive. On ne te pardonnera pas d’avoir coupé le rêve ou en l’occurrence le cauchemar ». C’est comme en mathématiques, on aime bien avoir la preuve par deux ».
Ce point-obstacle du personnage, je l’ai intégré après.
Mais entre temps, le boucher avait roué de coups son ventre « enceint », et l’enfant pouvait être mort.
Ce point-là, à ce moment-là pouvait exister, car il s’agissait d’une mère et de sa progéniture.
 
 
• Sur photo, vous semblez heureuse de vivre.
 
Je suis d’une nature joviale, primesautière.
Certains aléas peuvent me toucher très fort, comme le manque de travail et la trahison.
Mon sourire est alors en berne.
 
 
• Si tel est le cas, que pensez-vous du Cinéma très sombre de Gaspar Noé ?
 
Il traite de points de réalité, de points de réel et comme chacun sait, c’est non symbolisable.
Cela a sa raison d’être et l’on peut « trépasser ».

 
• Est-ce un univers dans lequel il est facile de se glisser et en ressort-on sans « bleus » ?
 
Gaspar accompagne ses acteurs.
C’était un sacré challenge pour son équipe et lui-même.
Car la réalisation, l’éclosion, le montage, la sortie de « Carne » et de « Seul contre tous » a duré très longtemps.
Beaucoup d’essentiel, de justesse, de simplicité, de présence.
Alors forcément, on a le plaisir d’être là avec ce qu’on a à y faire.
Le plus dur après, c’est la séparation.
Couper le cordon, le deuil à faire, digérer certains stigmates et leurs conséquences.
La perte d’un lien, d’une complicité subtile, comme pour toutes les grandes histoires.
Voilà, si l’on peut parler de bleus à l’Ame.
 

• Vous avez été psycho-pédagogue au CHR de Bordeaux. Cette activité vous a-t-elle été utile dans votre métier de comédienne ? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus ?
 
C’est en étant responsable de radiologie pendant quelques années, que s’est ouvert en moi le désir de découvrir l’Etre au-delà de son anatomie, dans les miasmes de sa psychologie.
Sans oublier l’apport de mes études à l’université en Sciences Humaines.
Lacan disait : « Ce qui compte  c’est l’art, la psychologie c’est après ».
 
Lorsque Frankie Pain s'occupait d'enfants

J’ai eu le bonheur de commencer avec des professeurs très exigeants, passionnés, engagés dans leurs travaux sur l’Etre, autant que peuvent l’être certains réalisateurs pour leur Art.
Ayant un spectre très large dans les fantasmes des réalisateurs, j’ai aujourd’hui, après des années d’apprentissage au cinéma, la faculté de passer très rapidement d’un rôle à l’autre assez justement et sans trop de difficultés.
Après c’est el Maestro qui, son œil d’aigle rivé sur l’écran de contrôle (un Combo je crois), me dirige et crée avec moi de clap en clap, la dernière prise.
Je viens de tourner sous la direction de Djamel Bensallah « Il était une fois dans l’oued ».
Un rôle rapide et terrible.
Un rôle quasi historique dans ce qu’il contient… il n’est pas fini.
 
 
• Quelle fut votre réaction lorsque vous avez vu le court et le long métrage pour la première
Fois ?
 
Le choc des monologues du rôle tenu par Philippe Nahon !
Si je les avais lus avant de jouer … je ne sais pas si j’aurais accepté.
Je n’aurais pas pu …
Pour le reste, c’était une histoire, ce n’était pas moi et c’est l’histoire du film de Gaspar.
Je suis fière de mon travail.
Il y a une adéquation entre ce que j’avais voulu faire et ce qui a été pris et monté.
 
Après la sortie de Carne,
Frankie Pain fut envahie d'appels téléphoniques de fétichistes
 lui demandant ses mesures pour lui envoyer
des costumes en latex et des bottes spéciales !

• Votre travail avec Gaspar Noé fut-il un tournant dans votre carrière, et si oui, dans quelle
Mesure ?
 
J’avais fait deux essais pour le rôle de Madame Tapioca dans « Delicatessen »  de Caro et Jean-Pierre Jeunet, mais cela n’a pas abouti. Après la sortie de « Carne », Caro et Jeunet ont demandé à Gaspar si je pouvais jouer dans « La cité des enfants perdus », le rôle de la maîtresse du dompteur de puces. Gaspar a accepté.
Je l’ai donc fait.
Après « Carne », Gaspar s’amusait à dire à Jean-Pierre Jeunet et à Caro, en parlant de moi :
« Vous ne l’avez pas voulue, eh bien c’est moi qui l’ai eue ! ».
Puis vint la rencontre avec Christophe Gans et « Le pacte des loups ».
J’y jouais une mère maquerelle.
Tout cela fait référence dans le métier.
Un tournant ?
Cela m’a ouvert des portes … et fermé d’autres.
La vie coule.
J’aime être dans les films d’auteurs.
 

• Auriez-vous aimé participer à « Irréversible » ?
 
Non.
Le sujet est trop hard.
Maintenant, je me sens prête à aller le voir.
La distribution était parfaite, il ne pouvait pas y en avoir d’autre.
 
 
• Que pensez-vous de ce film, et y retrouvez-vous la patte de Gaspar Noé ?
 
Sans l’avoir vu, j’ai tout suivi : presse, Cannes, les interviews des protagonistes.
Bien sûr, on doit y retrouver la « patte » et les qualités de réalisateur de Gaspar.
 
 
• Seriez-vous partante pour une nouvelle collaboration ?
 
OUI !
 
 
• Pensez-vous que le Temps détruise tout ?
 
Je pense que le temps désaffective les choses, et laisse en place la vraie valeur des liens qui se sont tissés entre les Etres.
Gaspar fait partie de ma géographie humaine.
Le reste n’est qu’affaire de quête initiatique, de passages obligés …
L’univers de Dante est au-dessus de certaines têtes, comme son texte sur l’Enfer :
« Quand on rentre ici, il n’y a plus d’espoir ».
 
 
Une anecdote oubliée, c’est l’avant-première de « Seul contre tous » au Max Linder
Un monde
Pour honorer le film de Gaspar, je m’étais habillée dans un camaïeu de rouge-violet
Aucune place ne m’avait été réservée.
Alors je demande à quelques amis de se débrouiller pour m’en trouver une.
Une amie y arrive :
 
- « Monsieur, la place est libre ? C’est une des actrices et elle n’en a pas »
- « Oui »  le visage très en réserve du Monsieur.
 
Ma copine m’annonce le « oui »,  j’arrive heureuse de me poser.
Il y avait beaucoup de pression, d’excitation, d’attente … et j’entends de celui qui m’accueillait à côté de lui :
 
- « Frankie Pain ? »
- « Oui. Mais ne seriez-vous pas Mathieu Kassovitz ? »
- « Si …mais c’est vous ? Mais vous n’êtes pas la femme monstrueuse que j’attendais ! »
 
Il prit le temps d’appréhender encore le morceau de chair  au visage de poupée, aux cheveux blonds ondulés lâchés sur les épaules, découvrant mon sourire.
Je voyais dans ses yeux kaléidoscopiques beaucoup de choses se dérouler.
En me regardant — la Surprise, l’étonnement.
Je le félicitais de ses talents de réalisateur et d’acteur; j’aimais l’un et l’autre.
Il fit de même pour moi, pour l’actrice… nous étions comme deux premiers communiants
Nous nous souhaitâmes bon film.
Il m’arrivait de pleurer à certains passages, Mathieu mettait alors sa main sur mon bras et me disait :
 
- « Frankie, ce n’est qu’un film »
 
Ensuite, nous nous sommes retrouvés au café et il a osé me demander mon âge.
Je lui ai répondu en rougissant… c’était un regard chaleureux qui avait été nettoyé d’un certain nombre de scories.
Nous nous sommes croisés après, lui tournant Gare de l’Est sur Amélie Poulain, moi venant faire mes essais de costumes, de coiffure… une bise furtive.
C’était des clins d’œil.
Après la sortie d’Amélie Poulain, je le vouvoyais — il s’en offusquait.
Je lui dis :
 
- « Non, le vous c’est pour ceux qui m’ont emmenée dans le rêve »
 
Nous étions heureux du succès que l’on sentait poindre pour le film de Jean-pierre Jeunet
Ils s’aimaient tous ces êtres-là.
Je sais que Gaspar était très présent à la première projection-équipe du « Long dimanche de fiançailles » et à l’avant-première du 19 octobre.
Moi, je vais le découvrir aujourd’hui et je m’y prépare dès ce matin, après la fin.
Je suis ravie de vous offrir ce contenu, pour le public qui m’aime, m’attend et me guette.
Je suis une « femme d’Impasse journalistique »
Merci que votre Passion l’ait comblée.
 
J’ai répondu avec bonheur à cette interview, car j’ai croisé beaucoup de passionnés de Gaspar et de son Œuvre.
Et je suis heureuse que ses qualités cinématographiques créent autant de liens, malgré la teneur des sujets et la noirceur de notre époque.
 
Bonne continuation à votre site.
 

(1) Robeuse : Louée, journalière dans les châteaux, la robeuse avait pour tâche de confectionner les robes des saisons (printemps, été, automne et hiver) des Maîtres du château et celles des événements : baptêmes, enterrements, mariages.
(2) Lili : En studio, étalonnage de la couleur pour l’unité de la lumière d’une scène… ce que je crois, utilisé dans le temps.
 
 
 
 
 

Remerciements à l’Agence Marceline Lenoir, sans laquelle cette interview n’aurait pas pu se faire.
Toute mon AFFECTION à Frankie Pain pour ce fantastique voyage au Cœur de son Histoire.
Mille et un mercis d’avoir passé ce temps à cet art du fragment.
Je n’oublierai jamais cet étonnant après-midi de Toussaint passé chez moi devant une tasse de thé, une somptueuse tarte aux pommes (rires !), la citrouille les Léonidas et les coquilles
Merci pour votre confiance.
Un grand merci @ Mme Frankie Pain, @ l’Agence Marceline Lenoir et @ Philou
Tous les documents présentés ici appartiennent à la collection privée de Madame Pain.
 
 
Dédicace de Frankie Pain pour Le Temps Détruit Tout
 
 
 

Actrice depuis 1984
Métiers antérieurs : psycho-pédagogue enfance inadaptée en secteur de prévention
radiologie médicale au CHR de Bordeaux
Comédienne depuis 1972

RADIO
2004 France Culture Le Chat
Myron Nelson
2001 - France Culture Surpris par la nuit
Nouvelle vie mode d’emploi (Perec) de L. Quantin
Horizon FM 94,5
Co-animation avec Patrick Lopez pour le 20ème anniversaire
 

LONGS MÉTRAGES

2004 Le genre humain de Claude Lelouch
Rôle : la marchande de marrons
 
L’Américain de Patrick Timsit Rôle : femme de José Bové
 
Le plus long jour de fiançailles de JP Jeunet
Rôle : mère maquerelle
 
The head in the clouds de J Douigan
Rôle: prostituée
 
2001 - Le fabuleux destin d’Amélie Poulain
de Jean-Pierre JEUNET
Rôle : la marchande de journaux
 
Le Pacte des loups
de Christophe GANS
Rôle : mère maquerelle
 
1999 - Charmant garçon
de Patrick CHESNAY
 
1998 - Fin de soirée
de VITTAL DURAND Frères (court métrage)
(1er rôle) : bourgeoise anglaise cossue confrontée à un basic instinct
 
Comme un poisson hors de l’eau
de Hervé HADMAR
Rôle : La dame plage
 
Dobby bag
de Frédéric COMTET
 
Franck Spadone
de Richard BEAN
 
Seul contre tous
de Gaspar NOE
1er Prix à Cannes 1998
Semaine de la Critique
1er Rôle : la patronne du bistrot de La Villette
 
1997 - Tout baigne
de CORDIER et VAN HULKE (court métrage)
(1er rôle) : huis clos en baignoire Guy Pion
 
1996 - Amour et confusion
de BAROUDEY
 
Les Soeurs Soleil
de Jeannot SZWARC (écrit par Marie-Anne Chazel)
Rôle : une aristocrate - Professeur de gym - Panthère dans l’Arche de Noë
 
1995 - Méfie-toi de l’eau qui dort
de Jacques DESCHAMPS
(2 prix à Venise et 2 au Festival d’Arcachon)
(2ème rôle) : bourgeoise
 
1994 - Seul contre tous
de Gaspar NOE
(1er rôle) - sortie en 1999 -
1er Prix à Cannes 1998 Semaine de la Critique
Rôle : la patronne du bistrot de La Villette
 
La cité des enfants perdus
de Jean-Pierre JEUNET et Marc CARO
Rôle : la barmaid
 
Adultère, mode d’emploi
de Christine PASCALE
 
La véridique histoire de Mme Peltlet
de Camille de CASABIANCA
Rôle : la postière du Cusset dans les Landes, très olé olé
 
Un indien dans la ville
d’Hervé PALUD
 
1993 - Carne
de Gaspar NOE –
1er prix de la Semaine de la Critique
 
Les braqueuses -
Réalisateur : Jean-Paul SALOME
Pleine mer (pour Tokyo) -
Réalisateur : HIRIKAWA
(1er rôle)
 
Comment être malheureux et en jouir -
Réalisateur : E. URBIZU
Rôle : écrivain
 
La ville à vendre
de Jean-Pierre MOCKY
 
1988 - La salle de bain
de John LEVOLF
 
1987 - En toute innocence
d’Alain JOSSUA
 
1986 - Le miraculé
de Jean-Pierre MOCKY
 
L’agent trouble
de Jean-Pierre MOCKY
 

FILMS TÉLÉVISION

2004 Père et Maire de P Monnier et M Sarraute
Rôle : aubergiste et chef cuistot
 
2002 Le Pion
de Patrice MARTINEAU
sur France 2
 
2001 - Little aventure de big Philip
d’Hervé ALADMAR (1er role féminin)
 
2000 - Noël et après
de Daniel VIGNE
Rôle : boulangère basque
 
Micro-court
de Régine ABADIA
Rôle : présentatrice des courts métrages en sérial killer
 
Psy d’urgence - série - sur M 6
Rôle : la soeur d’un paranoïaque
Fiction 2000 sur France 2
 
Les routiers
de Marion SARRAUT
Rôle : patronne d’un restaurant de routiers
 
Le silence
TV en Asie de l’Est
(1er rôle féminin) : femme trompée qui pète les plombs
Pédagogie du français
BBC et Channel 4
(1er rôle) : mère de famille très épanouie, 2 enfants (pianiste et cantatrice)
 
1999 - Jacotte
de Charly BELLETO
Interview de Michel Muller + une série
sur Canal +
 
Les 7 couronnes de Goethe
Théâtre européen – sur Arte
Rôle : la femme de Goethe
 
1998 - La Tramontane
de Henri HELMAN
Rôle : Greta, la Marylin Monroe allemande, scène comique érotique
 
NAVARRO
Patrick JAMAIN
 
1997 - Le grand banc
de Hervé BASLE
Rôle : lavandière à St Pierre et Miquelon
 
Une grande bouchée d’amour
de Mikaëlla WATEAU
Rôle : marchande de champignons
 
1996 - Temps contre temps
de François BASSET
(2ème rôle) : bourgeoise bordelaise en quête du mari disparu
 
Les pisteurs
de Philippe MONNIER
Rôle : fleuriste de pompes funèbres arnaqueuse
 
Le crabe sur la banquette arrière
de Jean-Pierre VERGNE
Rôle : infirmière Jean-Paul Muel
 
1995 - Le docteur Sylvestre
de Christiane LEHERISSEY
(2ème rôle) : infirmière bloc opératoire urgence

1993 - Le bel horizon -
Réalisateur : Charles BINCH
 
Jules
Réalisateur : Christian PALLIGIANO
 
En suivant la Caillera - série NAVARRO
Réalisateur : Nicolas RIBOVSKI
 
1990 - Le fantôme de l’Opéra
de Tony RICHARDSON
sur France 2
Rôle : patronne du café concert et chanteuse
 
Les enfants de Lascaux
de Maurice BEUGNOT
sur France 2
Rôle : danseuse et chanteuse d’un cinéma ambulant
 
La nuit africaine
de Gérard GUILLAUME
1er rôle : mère maquerelle de la Bodéga à Dakar
 
1989 - Sur Canal + 3 short cuts
de Karl ZÉRO
Rôles : remake de Bagdad Café, une soeur Goetchell…
 
Le gang des tractions
de François ROSSINI
Série – René La Canne
Rôle : mère maquerelle, complice de René
 
Exploits (12 épisodes)
de Fabrice L’HOSPITALLIER
Rôle : super-Ginette, son mari super-Naze
 
Mythofolies (10 épisodes)
de Nino MONTY
Rôles : les déesses de l’Olympe – La fée Nergan
 
Sur TF1
Intrigues (3)
de Paul VECCHALLI
 
En cas de bonheur (10)
Sur FR3

Série Siménon (1)
de Gérard MORDILLAT
 
Série rose
de KUMEL
Sur M6
Série érotique
Rôles : la mère italienne, incestueuse
 

THÉÂTRE

2004 Festival Cité Danse Théâtre Jean Villar de Suresnes
de Monica Casadei, danse contemporaine
Les fantasmes des femmes féliniennes
Rôle : danse, auteur, actrice
 
Les adieux de Sarah Berbardt
M/S JA Canque
Rôle de Sarah
 
Antigone Sophocle
M/S E. Chaillou
Rôle du messager
 
Greek” de Berkoff
M/S E. Chaillou
Rôle de M’ma
 
“Agnès” de Catherine Anne
M/S E. Chaillou
Rôle de Agnès Adulte
 
2003 Quand le hip hop rencontre le cirque
M/S Monica CASABI
 
2001 30ème anniversaire du Théâtre National des Landes (Voyages à l’autre)
de Frankie PAIN
 
Les contes de la Pompette
de Frankie PAIN

Espace du possible à Meschers
Voyage dans le Tessin
de Frankie PAIN
pour les rencontres à la Cartoucherie 2001
 
Voyages à l’autre
de Frankie PAIN
1er rôle à Bordeaux
 
2000 - Fracasseries de Rose (5ème épisode)
de et par Frankie PAIN
 
Les Marylin Marrons
Version masculine
Rôle : Rose et la Pibale (Nourédine Aboud : Omar et Nini)
 
Les mots aux rideaux
co-auteur d’une équipe de 15. Projet DDTE et ANPE – Maria Dusheski, coach auteur
1999 - Fracasseries de Rose (3ème épisode)
de et par Frankie PAIN
Rôle : Rose de Pauillac avec Virginie Vignon
 
Les 7 couronnes de Goethe
de J.A. CANQUE, W. GROMMES, F. PAIN
Rôle : Christiane Vulpuis Von Goethe
 
1998 - Fracasseries de Rose (2ème épisode)
de et par Frankie PAIN
Rôle : Rose de Pauillac avec Georges Souchon
 
1997 - Fracasseries de Rose
de et par Frankie PAIN
Rôle : Rose de Pauillac avec Nourédine Aboud et Bernard Quental
 
La parenthèse de sang
de Soni LABOUTANSIE
Rôle : la mère africaine
 
1995 - Etat honteux
de Soni LABOUTANSIE
Festival d’AVIGNON - Théâtre des Carmes
 
1994 - Le médecin malgré lui
de MOLIERE
 
1993 - Pygmalion
de Bernard SHAW
au théâtre Hébertot
mis en scène par Bernard MURAT
avec Lambert Wilson et Sophie Marceau
 
1991 - La Société de chasse
de Thomas BERNHARD
Partenaires : Fabrice Lucchini, Eléonore Hirt, Jacques Daquemine
Rôle : la Princesse
 
GOETHE - HANKLE EURIPIDE - SOPHOCLE - PLATON - ALBEE - Tennessee WILLIAMS - Joe
ORTON – Frankie PAIN
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés