FABRICE DU WELZ

réalisateur

Fabrice du Welz est le réalisateur de Calvaire (avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jo Prestia...) et de Vinyan (avec Emmanuelle Béart et Rufus Sewell)

Fabrice, à la lecture de votre blog consacré à Vinyan - dont l'aventure s'est terminée en octobre dernier - on vous a senti progressivement désappointé, notamment à cause de l'accueil critique du film en France. Ne pensez-vous pas qu'à force de dénigrer une certaine frange du cinéma, la critique francophone (dont les "fers de lance" médiatiques sont obligés, désormais, de faire cadeau de bracelet ou de bob pour l'été...) est en train de pousser les réalisateurs, dans le meilleur des cas, à aller voir ailleurs (les USA) et dans le pire, à ne plus pouvoir tourner, du moins, comme ils le désirent ?

 

En effet, j’ai été un peu perturbé par l’accueil critique d’une certaine presse française à l’égard de VINYAN. J’ai même été surpris de la véhémence de certains journalistes qui s’en prenaient directement à moi, à mes soit-disant prétentions et à mes figures de style. Aujourd’hui, je relativise et je me dis que j’ai voulu faire un film épidermique, il est donc normal qu’il suscite des réactions épidermiques.
Que certains réalisateurs français partent faire des films aux Etats-Unis n’est pas une conséquence de la presse, ce serait leur faire trop d’honneur, non, si certains camarades tentent l’aventure américaine c’est surtout par opportunité, envie et défi. Les dénouements sont rarement heureux et en ce qui me concerne, même si j’ai des propositions, je n’en suis pas là.  Fort de l’expérience de mes deux premiers films, je cherche principalement à trouver le public, tout en gardant ma ligne artistique. C’est aujourd’hui mon seul objectif.

 


Il est intéressant de lire sur des sites anglo-saxon que, selon eux, la France est en train de proposer une sorte de renouveau du film de genre - French wave - alors qu'ici, critiques et cinéphiles (oui, eux aussi) ne semblent toujours pas se rendre compte de ce bond qualitatif qu'ils appelaient de leurs voeux depuis des années... Une forme plus soignée, "à l'américaine", plus d'action, de gore, de frontalité dans les sujets, de nouveaux visages... Vous êtes bien entendu totalement concerné, que ce soit avec Calvaire ou Vinyan... D'après vous, quel(s) film(s) a(ont) joué le rôle de déclencheur ?

 

Dans certains festivals du monde entier que j’ai fréquenté, je rencontre souvent des gens qui me parlent avec beaucoup d’enthousiasme de cette « Horror French Wave ». Beaucoup y voient une génération innovante et très énervée.
Certes en France, il existe de plus en plus de cinéastes qui veulent faire du cinéma de genre, ils ont souvent tous en commun d’avoir grandi avec Mad Movies ou Starfix, dans un certain culte du cinéma de genre 70’ Américain, Italien, Espagnol ou encore Asiatique tout regardant compulsivement des VHS. Pourtant ces réalisateurs ne partagent pas ou peu de thématique commune ni de courant esthétique commun. Il s’agit principalement d’univers très différents qui s’expriment de manière spontanée et libre et je serais très curieux de voir ce qu’il restera de cette soi-disant « French Wave » dans 5-10 ans… Ici, nous sommes très loin d’une industrialisation du cinéma de genre comme nous pouvons en voir aux US, au Japon ou même en Espagne. Voilà pourquoi chaque film de genre en France est unique et singulier. C’est un cinéma de prototype. Parfois, certains prototypes sortent du lot et inspirent une nouvelle génération. Je pense ici à « Dobermann », « Le Dernier Combat », « Haute Tension » ou encore «C’est Arrivé près de Chez Vous »…

 


J'en viens à Gaspar Noé : quand et comment l'avez-vous connu ?

 

Au Festival de l’Etrange de Paris au milieu des années 90, j’étais un jeune homme de 23 ans qui rêvait de faire du cinéma et je me souviens avoir été très impressionné par CARNE. Puis par SEUL CONTRE TOUS quelques années plus tard. J’ai été en contact avec lui après mon court-métrage…

 

 

Que pensez-vous de Carne, Seul contre tous et Irréversible ?

 

Je les aime passionnément. Ils résonnent en moi. Certains films font grandir et inspirent, CARNE, SEUL CONTRE TOUS et IRREVERSIBLE font partie de ceux-là.

 

 

On connait la manière dont il a découvert Benoit Debie lors de la projection de votre court-métrage, Quand on est amoureux, c'est merveilleux. Finalement, vous pouvez vous "vanter" d'être en partie à l'origine de la qualité du rendu d'Irréversible, tant le film est marqué esthétiquement ! Mais qu'est-ce qui distingue visuellement le travail que Benoit propose pour vos films de celui des films de Gaspar ?


Voilà surtout une question pour Benoit. Ce que je peux dire c’est que Benoit et moi sommes proches. Depuis nos débuts, il existe entre nous, sur un plateau une espèce d’osmose particulière. Nous partageons le même goût pour la lumière naturelle, les contrastes, l’aventure, les décors baroques, les ambiances moites, le sordide et les tournages en nature hostile. J’essaie de faire intervenir Benoit très tôt dans la préparation de mes films et nous avons toujours beaucoup de plaisir à concevoir et à expérimenter ensemble.
Pour ce que j’en sais, sur les films de Gaspar, jusqu’ici plus urbain, Benoit est plus en danger. Il y a moins de préparation, Gaspar communique moins et Benoit doit s’adapter à beaucoup de situations souvent périlleuses… Sur IRREVERSIBLE, Benoit –dont c’était le premier long- travaillait pour Gaspar. Sur ENTER THE VOID, je crois savoir que Benoit avait un pouvoir de propositions plus libre que pour IRREVERSIBLE.
Le cinéma que j’essaie de « construire » est différent de celui de Noé, je ne les compare pas et je ne cherche pas à me comparer à Noé, pourtant je pense qu’esthétiquement nous cherchons dans la même direction…

 

 

Toujours sur votre blog, en février 2007, vous annonciez le retour du Japon de Benoit, où il tournait Enter the Void. Vous ajoutez "Là-bas aussi les problèmes ont été nombreux...". Pouvez-vous nous en dire un peu plus sans nuire au film ?

 

J’avais de temps en temps Benoit au téléphone qui me parlait de son quotidien sur ENTER THE VOID, il évoquait surtout quelques problèmes inhérents à n’importe quel tournage ambitieux à l’autre bout du monde…

 

 

N'en avez-vous pas marre qu'on cherche toujours à vous comparer (notamment à Gaspar), en bien comme en mal, avec d'autres réalisateurs (que souvent vous appréciez, par ailleurs) plutôt que de mettre en avant les qualités propres de votre équipe et vous ? Juste une histoire d'étiquette à la française ou la volonté de vous ranger dans un tiroir et de vous y enfermer à clé en espérant que vous ferez moins de bruit ?

 

J’y vois surtout beaucoup de paresse intellectuelle de la part d’une certaine presse. C’est vite dit et franchement ça ne pisse pas loin.  Ce n’est pas parce que j’aime moi aussi les beaux génériques début et fin, que je travaille avec Benoit Debie, que j’aime les ambiances troubles, que je soigne le son et la forme mes films que je me prends pour Noé, Coppola ou encore Herzog… Je suis moi-même et je développe mon propre univers sans complexes et librement. Lors de l’avant-première de VINYAN, j’ai fait part à Gaspar de mon agacement à ce sujet. Souriant, il m’a dit qu’il y a 10 ans certains journalistes le traitait souvent de sous-Caro et Jeunet. Il a ajouté que souvent certains critiques ont ce besoin impérieux de rabaisser les jeunes réalisateurs… Il a probablement raison. En fait, à vrai dire, je m’en fous, je fais ce que j’ai à faire. Je ne peux pas faire autrement. Je suis un jeune réalisateur, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et -je l’espère beaucoup de films à réaliser. Alors honnêtement la presse, les étiquettes, ce qu’on dit, pense, croit de moi, j’essaie de ne pas trop savoir, surtout quand c’est mauvais et je continue mon chemin…

 

 

La France, toujours la France... Mais quel est l'accueil de vos films en Belgique ?

 

En Belgique, c’est pareil qu’en France. Mes films provoquent souvent des réactions fortes. Certains y voient du talent, d’autres y voient beaucoup de poses et de vacuité. Allez savoir…

 

 

Peut-on espérer revoir l'immense Philippe Nahon dans vos prochains films ? A ce propos, quels sont vos projets?

 

Certainement. Dès que j’ai une nouvelle occasion de retravailler avec Philippe, je le ferais. Je l’aime sincèrement beaucoup.
Aujourd’hui mes projets personnels sont un poil compromis à la suite de l’échec commercial de VINYAN.
Je lis donc des scénarios que l’on m’envoie et je rencontre des gens qui me proposent différents projets. Il n’est donc pas exclu que je commence un film de commande rapidement… Ce qui me ferait le plus grand bien.

 

 

Un grand grand merci à M. Fabrice Du Welz pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Crédits photo.

 

 

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