FRANKIE PAIN : PART TWO

actress

BORIS VASSALLO

CARNE /  I STAND ALONE

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Frankie Pain a incarné la femme du boucher (Philippe Nahon) dans Carne et Seul contre tous. Elle avait déjà accordé une interview à Philippe Lowinski pour le site en 2004. Il y a quelques mois, elle a retrouvé l'acteur fétiche de Gaspar Noé dans le court-métrage "Situation critique" de  Boris Vassallo  et Guillaume Mezzo avec Jean-Claude Dreyfus dans le rôle principal.

 

10 ans après le chef d'oeuvre de Gaspar Noé, retour direct et poétique sur la carrière d'un tempérament hors du commun.

 

 

L'interview par Philippe Lowinski

Plus de dix années se sont écoulées depuis Seul contre tous, et dix-sept depuis Carne ; avec le recul, que retenez-vous de ces expériences cinématographiques ?  

 

Elles ont marqué le monde entier !
J’ai fait des essais avec les frères Coen pour Paris, je t’aime, et ai été sélectionnée alors que nous étions deux au « final ». Quand je suis entrée dans l’hôtel Hilton et que je me suis retrouvée face à Joël et Ethan, il étaient très enchantés de me rencontrer ; non pas pour les essais que j’avais faits, et qui étaient partis aux Etats-Unis, mais parce qu’ils avaient vu le film de Gaspar Noé. Bien sûr, je pense qu’ils avaient vu aussi Amélie Poulain… mais le choc qu’il y avait dans leurs yeux, étaient dû à Seul contre tous et Carne. Et d’ailleurs, ce sont les seuls réalisateurs qui m’aient choisie pour jouer un rôle de psychanalyste lacanienne, pour représenter la langue française et le Louvre.
Donc, grâce à cette reconnaissance du monde entier des films de Gaspar, je me suis parfois retrouvée dans des marchés, très loin, où des gens, des jeunes, me parlaient du film . Un jour, alors que j’achetais des entrecôtes de Sallers en compagnie de mon petit ami, deux Japonais sont venus m’interviewer et m’ont prise en photo ; ils étaient fous de joie, et mon ami ignorait que, à mes heures, je pouvais être une femme célèbre !
Régulièrement, des jeunes me parlent du film de Gaspar, de l’intérêt qu’ils lui portent.
Et c’est un phénomène qui traverse les générations…
Alors, évidemment, mon corps a changé, je me suis un petit peu arrondie, mais le film est toujours présent dans l’inconscient collectif ; c’est vraiment une grande référence ! Seul contre tous s’est transmis de générations de jeunes cinéphiles, en générations de jeunes cinéphiles. D’après moi, les premiers à être touchés occupent la tranche d’âge 22/30 ans ; et cela n’a pas changé ! Parfois, dans le métro, certains se retournent sur moi et rougissent de joie ! Ils me disent : « Quel bonheur de vous rencontrer Frankie Pain ! Vous n’auriez pas le temps de prendre un café ? ».

 

 

En l’espace d’un court (Carne) et  d’un long  métrage (SCT), Gaspar Noé vous a icônisée. Qu’est-ce que cela a changé dans votre carrière ? Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle place et d’une image aussi puissante ?


Je ne pourrais parler aujourd’hui que d’avantages ! S’il y eut des zones d’ombre, à un moment donné, je pense que c’était dû à nos points de vues divergents sur l’inceste, que certains hommes s’identifièrent à la diatribe du boucher dans Carne ; cela a fait dire un certain nombre de choses, mais ce n’est plus important d’y revenir .
La violence y était incommensurable, et j’avais beau savoir que ce n’était qu’un film, je disparaissais au plus vite, et cela surgissait n’importe où… Des happenings saignants, où les pulsions archaïques s’échappaient comme des hauts le cœur, des vomissements.
Un homme m’a confié avoir vaincu son impuissance face à la Femme, après s’être passé cent fois le film ! Après cela, il m’a envoyé des fleurs blanches pendant un an, et ce, sans jamais rien me demander en contrepartie.


Les gens ont été très marqués par ce qui s’est passé à Cannes lors de la sortie d’Irréversible en mai 2002. D’abord, j’ai eu droit à une tournante echappée de justesse grâce à la puissance de ma voix : j’ai poussé le « kiaï », le cri des samouraïs et les belles petites équipes et leur oizeau prés à s’envoler dans le lieu interdit, ils ont pris la poudre escampette ! Un Miracle ! 
Il y avait une recherche d’identification au personnage de Monica Bellucci et de moi « premier rôle » dans Seul contre tous ; j’ai été traquée par ces personnes.
C’était vraiment le résultat conjugué des réactions hystériques de la Presse, de ce film, du viol, et de mon interprétation dans le premier long métrage de Gaspar Noé. Ce fut une période très dangereuse pour moi ! J’en ai beaucoup souffert. D’autant qu’à ce moment-là, je n’avais pas de lien particulier avec Gaspar… Il ne s’est pas manifesté… Parallèlement à tout cela, il y a des gens qui, toujours à l’époque de Cannes, m’ont dit : « Seul contre tous sera LE film inoubliable ! »
Beaucoup de cinéphiles m’ont fait ce retour par rapport à Irréversible. Ce film, je n’ai pas eu le courage de le voir, eu égard à l’agression dont j’avais fait l’objet. Je ne pouvais pas. Et puis j’avais très peur, car je connais l’univers de Gaspar. J’ai tout suivi : les interviews, la Presse, etc… Donc, je m’attendais à des images très fortes. Concernant la Presse, on était dans le terrorisme intellectuel ! Je pense qu’un jour, je le louerai avec quelques amis ; je me ferai ce baptême.


Pour en revenir aux avantages et inconvénients d’un rôle aussi marqué, je vais vous raconter une petite anecdote vécue avec Christophe Gans pour Le Pacte des loups . Quand il m’a vue au maquillage, il a cru que j’étais atteinte de déficience, voire de débilité ! Il a donc demandé au maquilleur de me maquiller plus « puissamment » ! J’ai alors compris qu’il m’avait choisie sur un film, et non pas sur qui j’étais. Je suis allée le voir, on a mangé ensemble, et à un moment, je lui ai dit : «  Ecoutez Christophe, je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai l’impression que vous m’avez choisie sur le film de Gaspar, et non pas en fonction de qui je suis ». Il m’a dit : « C’est exact » . A cela je lui ai répondu : « Dans ce cas-là, on va partir du personnage de SCT, puisque je le connais très bien et que je sais le travail que j’ai fait sur moi pour lui donner vie. C’est d’ailleurs dans ce sens que j’appréhendais mon rôle dans Le Pacte des loups. La mère maquerelle du Pacte, c’est pour moi, un peu l’Irma de Jeunet ». C’était exactement le modèle qu’il avait en tête !! 

Bref, SCT m’a toujours apporté des rôles de femmes fortes… Et puis après, il y avait suffisamment d’images dans le monde du cinéma, pour que l’on me propose des couleurs plus proches de ma véritable personnalité, comme par exemple mon rôle dans Amélie Poulain ; mais toujours avec une certaine pétulance, un côté gouailleur, vous voyez ce que je veux dire ! Mais quand même assez tendre. Une brave femme, quoi !

 

 

A l’occasion du tournage d’un court métrage, «  Situation critique » de Boris Vassallo, le couple mythique du cinéma français, Frankie Pain / Philippe Nahon, s’est reformé. Comment avez-vous vécu ces retrouvailles ?

 

D’abord je ne savais pas ! Boris et Guillaume (les réalisateurs) ne savaient pas eux non plus, ils n’avaient jamais vu SCT. Moi, lorsque j’ai aperçu Philippe Nahon, j’ai sauté de joie… et lui aussi ! Chose qui m’a énormément surprise, car lors du tournage de SCT, nos relations n’étaient pas aussi chaleureuses. Il avait des relations très tendres et douces avec sa fille (jouée par Blandine Lenoir), mais entre nous, ce n’était qu’une simple collaboration artistique ; nous n’étions pas dans l’effusion. Mais là, notre joie a explosé. Ce qui a beaucoup surpris Boris et Guillaume ! Philippe m’a prise dans ses bras, nous nous sommes embrassés, et je me suis mise à rigoler tellement je trouvais la situation drôle. Il retrouvait ma gouaille, et je ne savais pas qu’il m’appréciait autant, car il ne l’avait jamais manifesté. Durant le tournage, il a eu un regard extrêmement bon sur moi, ce qui était fort agréable, car il ne l’avait jamais eu… du moins, je ne l’avais pas du tout perçu. Je pense que lorsque nous tournions SCT, nous étions dans nos rôles à deux cents pour cent. Nos rapports étaient colorés de la psychologie de nos personnages… tout ceci était conforme. Retravailler avec Philippe était très bien, car les rapports que nous avions n’avaient rien à voir avec ceux précédemment cités. Cette fois-ci, il s’agissait de rapports heureux, d’amour, de complicité, et si cette femme avait toujours un peu d’ascendant sur son mari, cela se manifestait de façon affective et très compassionnelle (il était à la 31ème page, c’était triste !) ; c’est pour cela qu’elle décide de se mettre dans le coup, en devenant l’appât du crime, ainsi, son homme aura la 1ère page dans les journaux. Pour Philippe et moi, cette relation était toute nouvelle ! Jouer à contre-courant dans la violence de nos rapports, n’a pas dû être facile ni pour l’un ni pour l’autre, car nous ne l’avions jamais fait. On ne s’était jamais parlés… Pour moi, ce fut du pain béni que d’être dans ce lien-là avec Philippe. J’ai découvert des couleurs qu’il portait en lui, mais que je n’avais jamais captées. A ce moment-là, j’ai réalisé combien j’avais été seule sur le banc lors du tournage de SCT, mis à part le travail que nous avions effectué avec Gaspar. J’ai connu une grande douleur et une immense solitude à cette occasion. Il y a dans ce court-métrage une dimension réconciliatrice très importante : celle des personnages (le boucher et la patronne du bistrot) et celle des acteurs (Philippe et moi).
On a découvert La Dimension d’Amour !

 

 

Y avait-il une appréhension de votre part à tous les deux ?

 

Non, car nous ne savions pas que nous allions jouer ensemble. Nous ne l’avons appris que le jour J. Au début, Boris et Guillaume m’avaient trouvé un autre mari, et quand ils m’ont vue, ils se sont dits que, décidément, ça n’allait pas le faire ! Car le rapport des personnalités était déséquilibré, et pas suffisamment fort. Pour cette femme, il lui fallait un « morceau de choix », du poids face à elle, et ce n’était pas le cas…
Ils avaient aussi songé à un autre acteur (dont je tairai le nom) avec lequel j’avais déjà eu sept jours de tournage : une horreur ! Il ne m’avait jamais dit bonjour, poussant l’insulte jusqu’à ne pas me donner le regard lorsque l’on jouait face à la caméra. Cela me semblait risqué de nous mettre face à face dans un court-métrage. Il se trouve que cet homme a dit non, car il était en dépression ; cela ne s’est donc pas fait.


Pour parler d’autre chose, je pense que celui qui nous a mariés (Philippe et moi) pour ce court, est le même qui nous avait unis pour SCT : Claude Wolf du fichier électronique. Lorsque Boris et Guillaume lui ont parlé de Frankie Pain, tout de suite il a pensé à Philippe Nahon, et ce, sans évoquer notre passé cinématographique commun à tous les deux. Quand les garçons ont vu Philippe, ils ont immédiatement réalisé que cela pouvait et allait fonctionner ! Malheureusement, depuis, Claude Wolf est mort… c’était un grand Directeur de Casting qui a servi énormément de premiers films, de courts-métrages, et qui connaissait parfaitement tous les gens qui étaient chez lui. Et quand il proposait des rôles, il n’en proposait que quatre ou cinq, pas plus. C’était des choix qui collaient à chaque fois. Claude Wolf est le grand Ange qui a œuvré à la réconciliation Frankie Pain/Philippe Nahon. Cela me fait plaisir de l’évoquer avec vous dans cette interview, car la dernière fois que je l’ai vu ce fut lors de la présentation publique de Situation critique.
Pour en revenir à Philippe et moi, nous nous sommes retrouvés sur le Pacte des loups, et je pense que nous sommes un couple qui fonctionne sur des longs-métrages. Et je trouve dommage que les réalisateurs n’y pensent pas suffisamment, car on peut faire des choses importantes ensemble. Ceci est une autre histoire…
Avec un peu de chance, dans un énième remake de « La nuit des morts-vivants » ; je suis cynique et cela ne me ressemble pas ! Clap de fin, Señor !

 

 

Comment reprend-on une situation « conjugale cinématographique » après dix ans de séparation ?

 

Le plus simplement du monde ! J’ai travaillé mon personnage comme je le fais pour chaque rôle. J’ai vu que je retrouvais monsieur Dreyfus, et pour moi, ce fut à nouveau une plongée dans l’univers de Caro et Jeunet avec La cité des enfants perdus, où j’interprétais la femme du dompteur de puces. Et quand j’ai vu Nahon, ce fut comme une apothéose, car je me retrouvais dans une histoire au confluent de deux univers : celui de Jeunet et Caro, et celui de Gaspar Noé. Cela m’a beaucoup fait rire !

 

 

Si vous aviez su que vous alliez tourner avec Philippe Nahon, cela vous aurait-il desservi ? Auriez-vous travaillé le personnage différemment ?

 

J’aurais fait la même chose concernant la recherche de mon personnage ; mais compte tenu du grand silence qui s’était établi entre lui et moi après la sortie de SCT, j’aurais créé un antidote pour que la relation d’amour se passe bien. En d’autres termes, j’aurais appréhendé…

 


Durant le tournage de « Situation critique », aviez-vous en tête SCT, ou parveniez-vous à le chasser temporairement de votre esprit, afin d’éviter le copier-coller ?


Quand je prenais les carottes, c’était difficile pour moi de ne pas penser à celles que j’avais réclamées pour Carne, dans la scène du pot au feu et de la sodomie ! Mais cette fois-là, j’avais l’amour en moi pour mon bonhomme, nous n’étions plus dans un rapport de force et de haine .

 

 

Saviez-vous que Boris Vassallo n’avait jamais vu Carne et SCT ? C’est très troublant lorsque l’on découvre certains plans de « Situation critique » !

 

Je ne savais pas qu’il n’avait jamais vu ni Carne ni SCT, et que malgré tout, certains de ses plans rappelaient ceux de Gaspar. J’étais surtout obnubilée par la référence à Delicatessen. Je pense que Gaspar a influencé un certain nombre de jeunes réalisateurs, car ce sont des éponges, comme tous les artistes.
Dans ce que j’écris, je suis encore très marquée de mes référence, très empreinte, je dirai même, de Roland Barthes, Marguerite Yourcenar et d’autres, sans pour autant leur arriver à la cheville, et c’est vrai pour toutes mes lectures.
Henri Gougaud, ce grand conteur, dans les formes efficaces du récit, le temps imparti à chaque histoire, les métaphores… Et La langue d’Olivier Apert (auteur, poète librettiste) avec qui j’ai eu le bonheur de travailler chaque semaine en élève appliquée pour l’année 2008-2009 !
C’est aussi une manière d’apprendre le métier ! Il est vrai qu’après, il faut parvenir à se détacher pour trouver sa propre griffe, mais c’est un passage normal et presque obligé ; mais je ne me fais pas de soucis pour Guillaume et Boris. Sans qu’ils le sachent, à leur insu, Gaspar a dû les influencer, puisque moi je n’ai pas fait le lien, alors que pour vous c’était évident ! Ce qui veut dire que son souffle a gonflé les voiles de leur court-métrage, bien qu’ils n’aient jamais vu SCT.

 


Je vais vous montrer des photos du tournage de SCT qui apparaissent sur le site consacré à Gaspar Noé, LTDT. Qu’avez-vous envie de nous dire en les voyant ?


Que le temps a passé, que Gaspar était alors un tout petit jeune homme [commentaire de Philippe Lowinski : il était bien beau avec ses cheveux le bougre !], que moi aussi j’ai changé. J’étais très belle et je ne m’en rendais pas compte. Je suis émue de revoir Martine, celle qui jouait le rôle de ma mère. Il y a des techniciens que j’ai retrouvés sur des longs-métrages ; cela semble très lointain, comme faisant partie d’une autre vie…

 

 

Avez-vous revu Gaspar Noé, et si oui, dans quelle circonstance ? Quelle émotion avez-vous ressentie ?

 

Eh bien, je sortais d’un magasin où je venais de m’acheter un bâton de rouge à lèvres, du côté de Strasbourg-St-Denis, en vue du tournage du film de Jean-François Richet L’ennemi numéro un, consacré à Mesrine. Et sur qui je tombe en sortant de la boutique ? Sur Gaspar ! Je ne l’avais pas rencontré depuis SCT, lorsque nous avons défendu le film en 1998 à Namur. Je rougissais ! Je m’étais mis ce rouge à lèvres puisque j’allais jouer le rôle d’une vieille pute qui a réussi, et qui est propriétaire d’un bon bistrot dans le 15ème arrondissement. Sortant de là, je me retrouve devant un magasin de soutien-gorge, face à Gaspar Noé ! J’étais rougissante comme une jeune première ! Il a éclaté de rire et m’a dit :
« Dis donc, tu n’as pas changé ! »
Et ça, c’était très agréable. Son émotion était grande, et j’ai vu beaucoup d’amour dans ses yeux, beaucoup de joie… Il m’a donné son numéro de portable (ce qui est une preuve de grande confiance), et m’a dit de ne pas m’inquiéter pour le tournage, que monsieur Richet avait une expérience aux Etats-Unis ; bref, il a repris le rôle du Pater, de mon Papa cinématographique ! L’émotion était d’autant plus forte, que je venais de tenir le rôle d’une patronne de bistrot dans le film de Jean Becker Deux jours à tuer, aux côtés d’Albert Dupontel. Ce dernier avait énormément entendu parler de moi par Gaspar, mais nous ne nous étions jamais rencontrés. Mais quand il a vu que j’étais là, il est sorti de son rôle pour venir me saluer tout en rougissant, comme moi d’ailleurs. On était très émus de se connaître. Après, on n’osait plus se regarder, sauf par miroirs interposés ! Ce qui prouve bien que les acteurs peuvent être extrêmement timides.
Donc, ce fut l’occasion pour Gaspar, de me parler de son film au Japon, puis nous avons parlé aussi du travail de Lucille ; Lucille que j’ai eue après au téléphone… ce fut très agréable. On sentait que la vie avait maintenu un bon goût, et peaufiné notre appréciation réciproque.

 

 

Donc, là aussi, il y eut apaisement ?


Je crois que lorsque l’on est maître d’œuvre d’un film, il peut y avoir des développements un peu angoissants de la part d’un réalisateur. J’ai une forte personnalité, du moins je donne cette impression, mais je suis aussi une femme très fragile. Les gens qui n’ont pas confiance en eux en font toujours trop, ce qui, à cette époque, était le cas.
Aujourd’hui, je suis « tout court » !
Parfois, les gens ont tellement peur d’être débordés par moi (alors qu’ils ne savent pas quelle éducation j’ai, personne ne le sait vraiment), que du coup, ils me ferment la bouche ! J’ai remarqué cela aussi chez d’autres réalisateurs… je dégage pour eux des choses qui les effraient. Et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles ils n’ont pas été plus curieux que cela. J’aimerais bien qu’ils aient un peu plus de courage ! Ceux qui ont peur d’être débordés par moi (je me répète !), développent des fantasmes « étouffe-chrétien », beaucoup ont sur leurs désirs, des hoquets d’anorexiques !
Quand les gens ont peur, on ne peut rien faire ; crever de « fin » car sans boulot…
Après y avoir consacré sa vie, difficile de se faire réengager dans les hôpitaux, mon diplôme n’est plus valable et l’enfance inadaptée : « Vous avez quitté le monde du réel pour les paillettes, eh bien, restez-y ! ».
Silence, hôpital !
Silence, on tourne…

 

Un grand merci à Mme Françoise "Frankie" Pain ainsi qu'à Philippe Lowinski

 

Conversation avec Boris Vassallo, le réalisateur de « Situation Critique », avec Frankie Pain et Philippe Nahon.

L'interview par Philippe Lowinski.

 

Quel a été votre parcours artistique ?


J'ai commencé à vouloir réaliser des films lorsque j'ai arrêté mes études de mathématiques et d'informatique. Le problème est que je n'y connaissais rien ou très peu ; je me suis donc exercé, chez moi, avec des amis, à monter des films tournés en un soir. Voyant que je prenais tout ceci avec beaucoup de conviction, j'ai pris mon courage à deux mains, quitté mon Sud natal, et rejoint la capitale pour faire des études de cinéma. En trois ans, tout est allé très vite. J'ai enchaîné une dizaine de courts-métrages, dont "Situation Critique", film de fin d'étude, coréalisé avec Guillaume Lemezo. Depuis je coécris un autre court fantastique au côté de Tibaud Vaneck, et je débute l'écriture d'un premier long-métrage. Et ça, c'est une autre paire de manches.

 

 

Parlez-nous de la Genèse de « Situation Critique »
 

Situation Critique est un projet d'école. C'est un film adapté d'une nouvelle de Pierre Siniac, qui elle se déroule dans le futur. L'univers nous a tout de suite emballés. Le principe de critiques criminels et la façon détachée, presque "sportive" qu'ils ont de parler de meurtres commis par des stars du crime... Nous voulions faire un film inspiré de l'univers Caro et Jeunet, cette nouvelle était juste ce qu'il nous fallait.

 

 

Comment votre choix s’est-il porté sur Frankie Pain et Philippe Nahon ?


Nous avons tout d'abord contacté Jean Claude Dreyfus, pour le rôle principal, chose qu'il a accepté assez rapidement. J'avais eu la chance de rencontrer Frankie lors d'un casting dans le sud de la France quelques mois auparavant. La réflexion fut de très courte durée: j'ai soumis l'idée à Guillaume, nous avons contacté Frankie, une rencontre dans son merveilleux atelier de couture. Nous étions très flattés lorsqu'elle a accepté le rôle. Restait à trouver son mari. Trois jours avant le début du tournage, Agnès Giudicelli, costumière du film, me parle de Philippe avec qui elle travaille en ce moment. Nous lui avons envoyé par courrier le scénario, Philippe est passé sur le tournage lors de la première journée pour nous annoncer qu'il faisait le film. Le casting était complet.

 

 

Concernant le tournage, comment dirige-t-on d’aussi fortes personnalités lorsque l’on est si jeune ?


Ce sont de grands acteurs, et nous étions très impressionnés. Mais nous avons travaillé comme avec n'importe quel comédien. Si quelque chose ne nous convenait pas (ce qui était rare), nous n'hésitions pas à le dire. Ce fut un vrai plaisir de pouvoir diriger des acteurs de cette trempe, nous en avons énormément appris.

 

 

Vous n’avez découvert les films de Gaspar Noé que bien après. Comment expliquez-vous que le Destin vous ait fait réunir à nouveau ses deux acteurs fétiches ?


Je ne peux pas expliquer le Destin. En revanche je le remercie du fond du coeur. Peut être avons nous vu ce que Gaspar Noé a vu lorsqu'il les a rencontrés de son côté...

 

 

Et cette hallucinante scène d’épluchage de légumes qui renvoie à « Carne » sans que vous l’ayez voulu, comment est-elle née ?


Nous avions écrit une séquence dans une cuisine, où M. Cauchon (Philippe Nahon) et sa femme (Frankie Pain) découvrent l'article de journal descendant le crime commis par M. Cauchon la veille. Nous avons eu beaucoup de mal à trouver le décor adéquat. Pour cette raison, nous l'avons construit en studio. Lors du montage du décor, nous sommes arrivés avec Guillaume, à l'instant où la cuisine était en place sans les feuilles de décors. Nous avons donc pensé à une longue scène de cuisine avec Frankie pendant que Philippe lit l'article. Il nous fallait également un point de repère pour Frankie, de manière à la reconnaître par la suite en un seul coup d'oeil, d'où les pansements aux doigts. L'épluchage était donc une bonne solution pour la description du couple, ainsi que pour la narration.

 

 

Quelle a été votre réaction après le visionnage de « Carne » et « Seul contre tous » ?


J'ai d'abord été ému de revoir Frankie et Philippe dans une cuisine... Ensuite je les ai revus une seconde fois, puis une troisième. Ce sont deux films envoûtants.

 

 

Pensez-vous que « Situation critique » s’est écrit malgré vous, et que Quelqu’un d’autre que vous guidait votre plume ?


C'est possible, je ne me suis jamais posé la question. Dans tous les cas je pense que lorsque j'écris une histoire, les mots s'enchaînent les uns à la suite des autres. A nous de les canaliser en une histoire concise.

 


Viscéralement et artistiquement, comment réagissez-vous à l’univers de Gaspar Noé ?


Après le premier visionnage de "Irréversible", mes mains ont continué à trembler pendant dix bonnes minutes. Je suis allé me coucher directement. Ce n'est pas la dureté des images qui m'a touché, mais les questions soulevées par le film. J'y pense encore. Lorsque j'ai vu "Carne" et "Seul contre tous", j'étais déjà plus averti. Selon moi, et viscéralement parlant, Gaspar Noé est l'autopsie de nos gastro-entérites quotidiennes. Enfin je me comprends...

 


Avez-vous retravaillé avec Frankie Pain ou Philippe Nahon, et si oui, à quelle occasion ?


Je n'ai pas eu cette chance et je le regrette. Du moins je n'ai pas encore eu le projet qui me l'aurait permis.

 


Quelle est votre actualité, et quels sont vos projets ?


Je suis actuellement en écriture d'un court-métrage fantastique avec Thibaud Vaneck, un ami, et je débute l'écriture d'un long plus personnel sur le milieu de la prostitution à Marseille.

 


Si, par l’intermédiaire de notre site Le Temps Détruit Tout, vous souhaitiez faire une déclaration à Gaspar Noé, quelle serait-elle ?


Quand est-ce que tu viens manger à la maison ?

 

 

Un grand merci @ Boris Vassallo & Philippe Lowinski

 

 

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