PHILIPPE NAHON

actor

CARNE / I STAND ALONE/ IRRÉVERSIBLE

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"Il y a du Jean Gabin dans ces yeux-là.
Il y a du Jean Valjean dans ce physique si particulier.
Il y a de la tristesse derrière ce regard d'acier.
Il y a de la dureté feinte, que seuls les plus fragiles savent afficher pour mieux se protéger.
Il y a chez Philippe Nahon une Beauté qui donne envie de pleurer." - (Philippe Lowinski)

 

 

Né le 24 Décembre 1938 à Paris. Il décroche son premier rôle à l'écran en 1961 pour Le Doulos de Jean-Pierre Melville. L'effervescence révolutionnaire des années 1970 le pousse à jouer dans des films aux thèmes engagés comme Les Camisards (1970) ou le Le Pull-over rouge (1979). 


Sa capacité à endosser des personnages à la mine patibulaire ou d'extraction populaire lui valent de nombreux rôles de prolétaires comme dans Les Anges gardiens (1995), Les Couloirs du temps, les visiteurs 2 (1997), Le Poulpe (1998). Jouer le policier comme dans La Haine ou bien le salaud dans Sauve-moi (1999) semble être des registres dans lesquels il excelle.

 

 C'est d'ailleurs le dyptique Carne (1991) et Seul contre tous (1997) sous la direction de Gaspar Noé où il interprète un inquiétant boucher raciste complètement désespéré, qui lui offre un des rôles déterminants de sa carrière.

Depuis le début des années 90, cet acteur se rapproche de la génération montante des réalisateurs français parmi lesquels Gaspar Noé bien entendu mais aussi Mathieu Kassovitz (La Haine, Les Rivières Pourpres), Jacques Audiard pour Un héros très discret, Christophe Gans pour Le Pacte des loups. En 2001, il revient avec une comédie The Château de Jesse Peretz.

Filmographie IMDB

Attention, acteur culte ! 

En exclusivité pour Le Temps Détruit Tout, l'immense Philippe Nahon a bien voulu se prêter au jeu de l'interview que lui a proposé Philippe Lowinski. Et bien que ce soit aujourd'hui son anniversaire (il est né le 24 Décembre 1938), c'est lui qui nous offre ce cadeau ! Et quel cadeau ! Alors, joyeux anniversaire, Philippe !  

 

PHILIPPE NAHON OU COMMENT UN ACTEUR DEVENU « CULTE »  A SU RESTER SIMPLE / Interview épistolaire menée par Philippe Lowinski — 1ère partie

  

« Cela faisait déjà plusieurs mois que l’idée me trottait dans la tête : Il faut que je contacte Philippe Nahon, il faut que je le contacte ! Il faut que j’entende cette voix si particulière qui, pour beaucoup d’entre nous reste associée au Cinéma de Gaspar Noé. Il fallait que j’entende cette gouaille, cette bonhomie, cette joie de vivre que j’avais découvertes dans «  A la petite semaine «  et qui tranchaient si violemment avec le personnage du Boucher.

 

Les choses se sont donc faites en deux temps :

J’ai tout d’abord envoyé par courrier toute une série de questions à Philippe Nahon, auxquelles il a accepté de répondre. (1ère partie)

 

Puis, comme il m’avait écrit que je pouvais l’appeler, je lui ai donc téléphoné pour le remercier vivement de son précieux concours.

Durant cette conversation bien sympathique (j’étais sur un petit nuage !), nous avons pu compléter certaines réponses et parler des réactions suscitées par les films de Gaspar Noé. (2ème partie)

 

Philippe Nahon est quelqu’un de très chaleureux et de très abordable. Et je dois avouer que c’est avec regret que j’ai raccroché le téléphone, tant était forte l’envie de prolonger cette conversation.

Dieu m’en est témoin Philippe, nous nous reparlerons !

Encore merci pour votre accueil.

Ma première question sera d’une banalité affligeante… Comment Gaspar Noé et vous, vous êtes-vous rencontrés?

Gaspar Noé a vu ma photo dans l’annuaire électronique du Spectacle.

 

 

Étiez-vous le seul préposé au rôle titre ?

Je le pense.

 

 

Comment Gaspar Noé vous a-t-il présenté ce personnage de boucher ?

 

Il m’a envoyé le scénario.

 

 

Avez-vous eu une quelconque hésitation quant au sujet abordé ?

 

Non, aucune.

 

 

« Seul contre tous » s’est tourné sur  deux années et demie. Auriez-vous joué ce rôle différemment si le tournage avait eu une durée ordinaire ?

Pas du tout.

 

 

Est-ce facile de se remettre dans la peau d’un personnage après de nombreuses interruptions ?

 

Je n’ai eu aucune difficulté à me replonger dans le personnage.

 

 

Pensez-vous qu’un boucher sommeille en chacun de nous?

 

Non ! Les pédophiles et ceux qui pratiquent l’inceste sont des malades mentaux.

 

 

Quelle place tient ce rôle dans votre carrière et dans votre cœur ?

Une très grande place, puisque c’est CE rôle qui a fait basculer ma carrière. « Carne » et « Seul contre tous » sont à présent des œuvres cultes.

 

Pensez-vous qu’un personnage aussi puissant soit un handicap ? Risque-t-il de vous cantonner dans des rôles noirs ?

Si les réalisateurs sont intelligents, non…

 

 

Après « Carne », étiez-vous d’emblée d’accord pour une suite long métrage ?

 

Absolument !

 

 

Gaspar Noé l’avait-il déjà évoqué lors du tournage de « Carne » ?

 

Oui.

 

 

L’atmosphère de « Carne » et « Seul contre tous » est lourde et oppressante. Ce climat était-il cultivé entre les prises pour maintenir ce sentiment de danger immédiat, de panique ?

 

Pas du tout ! Dès que Gaspar disait « coupez «  je rigolais.

 

 

Avez-vous reçu une petite formation technique de boucher pour le rôle ?

Non. Je me suis contenté d’observer.

 

 

Y a-t-il des situations qui vous ont rappelé un vécu douloureux : par exemple la recherche infructueuse d’un travail, le manque d’argent (le boucher compte souvent ses sous), le mépris dans le regard de l’autre ?

Pas pendant le tournage.

 

 

Votre vécu vous a-t-il servi pour nourrir votre rôle ?

Non.

 

 

Vous êtes-vous déjà senti seul contre tous ?

Très rarement !

 

 

En tant qu’époux, père de famille, citoyen et homme tout simplement, y a-t-il eu des moments durant « Carne » et « Seul contre tous », où vous vous êtes dit : « Non, ça je ne peux pas le dire ou je ne peux pas le faire ! »  et pourquoi ?

J’ai eu parfois quelques réticences, voire quelques « résistances » aux propos que me faisait tenir Gaspar sur l’inceste, mais il est vrai qu’il était le seul Maître à bord.

 

 

Vous avez le visage carapaçonné d’un Gabin avec en plus la tendresse d’un Lino Ventura. Êtes-vous comme cela ?

Je le pense. On me le dit, alors… !! Mais je crois que oui.

 

 

Etes-vous conscient du bien ressenti par nous autres spectateurs, de vous voir avec une gouaille et une bonhomie communicatives comme dans « A la petite semaine » ? Le boucher nous a tellement marqués au fer rouge, que l’on soupire de soulagement en vous voyant rire derrière le comptoir d’un bistrot !

Un jour, des jeunes réalisateurs avec lesquels je tournais un court-métrage m’ont dit : « Enfin on connaît un Philippe Nahon souriant, qui éclate de rire et qui déconne. »

 

 

Que pensez-vous de la capacité de Gaspar Noé à mettre au grand jour des sujets qui jusque là étaient à peine évoqués (inceste, pédophilie, viol) même dans l’actualité ?

Il montre les choses, et c’est le principal.

 

 

Que retenez-vous des expériences « Carne », « Seul contre tous » et « Irréversible » ?

Un grand bonheur !

 

 

Que pensez-vous des réactions extrêmes suscitées par ces trois œuvres ?

Pour moi, elles sont tout à fait normales.

Le public dit oui ou non à l’œuvre de Gaspar Noé, et il a tout à fait le droit de l’aimer ou de ne pas l’aimer.

 

 

Comme vous, Gaspar Noé est Capricorne… Quels sont vos autres points communs [NdW : Celle-là, t’as pas pu t’empêcher de la poser !] ?

La générosité et la simplicité.

 

 

Seriez-vous partant pour une nouvelle collaboration avec lui au cours de laquelle vous développeriez un personnage tout autre que le boucher ?

Quand il le veut !

 

 

Qu’aimeriez-vous qu’il vous propose ?

Tout.

 

 

Quels sont vos projets cinématographiques ?

Des projets…tant que rien n’est signé … !!

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La suite de l’interview se poursuit au téléphone :

 

 

CONVERSATION TÉLÉPHONIQUE AVEC PHILIPPE NAHON.

Propos recueillis le 20 décembre après-midi — 2ème partie

 

 

Revenons au boucher. Il en veut au monde entier parce que le sien propre s’effondre.

Oui. Et je reste persuadé que cela peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. Il a tout simplement « pété les plombs » !

    

 

Concernant les réactions agressives du public, réactions physiques, quel est votre sentiment ?

J’étais à Cannes lors de la projection de « Irréversible », et j’ai entendu des gens qui n’étaient pas du tout contents du film, et qui se sont levés en criant : « Gare à tes fesses, on va te faire pareil ! ». Mais cela n’ira jamais plus loin… jamais plus loin que les mots.

 

 

Gaspar Noé a dit dans une interview accordée à Gerald Peary en avril, que lors du Festival International du Film de Miami, il avait été menacé de mort par un déséquilibré, à cause d’ « Irréversible ».

Là je ne peux malheureusement pas vous en dire d’avantage car je n’ai pas d’autre information. Il faudrait que vous lui posiez la question à lui ! Mais c’est tout à fait possible, surtout avec les américains.

    

 

Je vous posais la question, car le premier forum du site a été la cible d’extrémistes qui se sont directement attaqués au cinéma et aux idées de Gaspar Noé avec une haine rare…

Je vais vous raconter quelque chose. Je suis allé à une projection de « Seul contre tous » au Max Linder (salle des Grands Boulevards de Paris). Ce jour-là il y avait des réalisateurs sur le podium. A la fin du film, un type a pris le micro et s’est mis à insulter Gaspar… puis, il lui a lancé le micro et c’est moi qui l’ai reçu dans la poire ! Ensuite, ce gars est parti et cela n’est pas allé plus loin. Mais cela ne m’étonne pas du tout que vous ayez été la cible de propos orduriers sur le forum.

 

 

En tous cas Philippe, je tiens à nouveau à vous remercier chaleureusement pour votre collaboration amicale.

Mais c’est normal !

    

 

C’est bientôt votre anniversaire ?

Oui le 24 décembre.

    

Comme le Petit Jésus !

Mais moi je suis arrivé un peu avant lui ! »

 

 

Le Temps Détruit Tout tiens à remercier Philippe Nahon pour sa gentillesse, sa patience et sa disponibilité. 

 

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RENCONTRE EXCLUSIVE AVEC PHILIPPE NAHON par Sartre

 

Sartre a eu la chance de rencontrer Philippe Nahon en personne il y a quelques temps. Voici le récit sous forme d'interview et les photos de cette rencontre.

 

 

Quand où et comment as-tu rencontré Philippe Nahon ?


J'ai rencontré Philippe le mardi 23 mars au matin à un studio où il participait pour un tournage. Revenant de Lille, juste avant cela j'ai contacté un bon ami à moi qui le connaissait et qui m'a donné ses coordonnées; je ne voulais pas retourner sur Lille lors de sa présence en tant que membre du jury du 25 mars jusqu'à la fin du festival international du court-métrage, alors que je pouvais trés bien le rencontrer sur Paris.


 
Comment t'es apparu Philippe lors de cette rencontre ?


Quand je suis arrivé dans sa cabine de maquillage, j'ai senti Philippe un peu méfiant ou avec un peu d'appréhension mauvaise sur ma présence; jusqu'à ce que j'arrive vers lui pour le saluer et me présenter, ce qu'il l'a à mon avis tout de suite rassuré. Je me devais de rester quelqu'un de sérieux, de motivé et un peu professionnel pour pouvoir arriver à la séance photo. Philippe est quelqu'un de trés respectueux, d'une gentillesse inouie, de simple doté d'un professionnalisme exemplaire !
Avant la séance photo, Philippe m'a demandé si je voulais qu'il garde son chapeau de capitaine, pour un côté un peu original lors de mon travail. Ce à quoi je lui ai répondu qu'il avait le libre choix, la preuve même que Philippe est un comédien avant tout, c'est que c'est lui qui soumet ou propose des choses...

 


As-tu discuté avec lui ?


Oui, j'ai pu avoir cette chance ! Je lui ai par exemple demandé ce que devenait Blandine Lenoir. Ce à quoi il m'a répondu que elle, elle continuait son métier d'actrice. On a beaucoup discuté aussi par téléphone, lors d'une de ses discussions, je lui avais demandé si avant de tourner son premier moyen métrage et son long métrage avec Gaspar Noé, il savait que ses films allaient devenir cultes et être longtemps acclamés par un public de fans innombrables.
Sur ce point Philippe m'a répondu trés calmement et d'une grande douceur que il s'était lançé à l'époque en 92 pour Carne en étant pas rémunéré et que la suite, il ne la connaissait pas d'avance...
Philippe sait aussi que avec Gaspar Noé il était dans un terrain de coopération et qu'il s'en donnait à cour joie même si il sait que Gaspar Noé est adoré tout comme detesté par un public qui ne cesse de s'agrandir...
dans le studio ce jour là, je lui ai aussi demandé quelques conseils en tant que comédien qui me furent d'une grande aide, ce à quoi il m'a pas mal aidé...
 


Comment s'est déroulé cette séance photo ?


Avant tout, je dirais que c'est le temps qu'il m'a manqué pour pouvoir procéder à cette scéance, Philippe devait donner son apparition dans le tournage et risquait d'être appelé n'importe quand ! Une fois de plus je dirais encore que je me devais de donner une bonne allure et une certaine rigueur dans ce travail et ne pas me laisser impressionner par le grand regard de Philippe derrière l'objectif; Philippe a un visage trés expressif et cela se voit trés bien si l'on regarde mes premières photos de mes dernières, car au début je m'étais plaint qu'il n'y avait pas assez de lumière et Philippe ne cessait de me regarder; donc je devais faire avec ! Et Lorsque j'avais de bonnes photos de lui, je lui faisais remarquer, et c'est ce qu'il le rendait plus souriant et confiant dans ses poses, cette séance s'est bien déroulé, j'en suis assez fier et si cela doit se renouveler, je ferai de suite part de ma motivation et de mon enthousiasme !

 


Que retires-tu de cette expérience ?


Ce que je peux en dire est tout simple, il y a une certaine part de démystification de ses rôles dans ses films, l'image disparaît donc dans le fait de le rencontrer il y a du bon et du mauvais, car Philippe dans ses films c'est loin que d'entendre sa voix au téléphone et encore plus loin que de le voir en vrai; mais surtout Philippe reste un homme comme nous tous et c'est dans cela que l'on doit rechercher son immense sympathie et son charme et le considérer tel qu'il est !
Un immense merci à Philippe qui est un trés grand acteur français et à qui l'on souhaite un énorme succés et une grande reconnaissance de son travail par la suite...

 

Un grand merci @ Philippe Nahon ainsi qu'à Sartre.

 

Photos prises par Sartre

 

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"En 1996, Arnaud Cafaxe, étudiant en cinéma à l'ESRA dirige Philippe Nahon dans son court-métrage "Rencontres". Le jeune réalisateur est flatté de la confiance de cet acteur confirmé et de son implication au sein de l'équipe de tournage. Philippe évoque sa collaboration avec le réalisateur Gaspar Noé : les deux hommes viennent d'entamer le tournage de "Seul contre tous", ce tournage à la "commando" se déroulera sur plusieurs années. Désormais, Arnaud va voir les films de "son acteur" et retombe sous le charme à chaque projection. En 2002, il attend avec impatience la sortie du film qui a défrayé la chronique au Festival de Cannes : "Irréversible". C'est décidé, il va consacrer un documentaire à son acteur fétiche. Toutes les personnes interviewées ont partagé son enthousiasme et son envie de rendre hommage à cet acteur à la sincérité jamais démentie" (extrait du dossier de presse de Philippe Nahon - de l'Acteur Fétiche à l'Icône)

 

 

Visite à travers l'édition collector du DVD Philippe Nahon - de l'Acteur Fétiche à l'Icône spécialement conçu pour LeTempsDetruitTout.net : Les Films du Tamarin 

 

 

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