SYLVIE BISCIONI

photographe

Brillante photographe de 35 ans et bien connue du cinéma français, Sylvie Biscioni a fait une licence d’Art Plastique option image photo à Paris VIII. Elle est le co-auteur de deux très beaux livres :

 

-"Changement de bobines" (co-auteur Remo Forlani). Superbe galerie de portraits noir et blanc. Aux éditions Denoël (octobre 1995).
-"En lumière" (co-auteur Dominique Maillet). Ouvrage consacré aux directeurs de la photographie. Soutenu par Kodak. Aux éditions Dujarric (décembre 200
1).

Je l’ai aussitôt contactée pour lui demander si elle accepterait de me parler de sa rencontre avec Gaspar Noé. Et c’est avec une gentillesse et une simplicité désarmantes, qu’elle a accepté. Merci donc à Sylvie Biscioni, de s’être prêtée à ce petit exercice de question-réponse.

Parlez-moi de la genèse de cette séance de photo.


Après "Changement de bobines"  , j’ai fait une exposition de portraits à Bobigny en septembre 1997 au Magic Cinéma. Je dois préciser que dans la post-face de ce livre, Gaspar Noé était cité. Comme je souhaitais le prendre en photo , Monique Koudrine de la Société Kodak (avec laquelle je travaille) m’a transmis ses coordonnées. C’est ainsi que j’ai pu le joindre.


L’approche du personnage fut-elle aisée ?

Je ne me souviens plus très bien s’il m’avait fallu beaucoup téléphoner ou pas… Non ! Cela me revient à présent , je l’ai simplement appelé pour lui demander s’il accepterait que je fasse son portrait, et il a accepté. Je n’ai pas le souvenir d’une quelconque difficulté.


Connaissait-il votre travail ?

Non je ne le pense pas.


Il a donc dit oui assez rapidement et en toute confiance ?

Oui !
 

Y a-t-il eu une rencontre préalable ?

Non. Nous nous sommes parlés au téléphone et je lui ai expliqué comment je travaillais. C’est à dire que pour les portraits , je préfère faire les photos des gens chez eux si c’est possible. Gaspar Noé m’a donné rendez-vous chez lui…j’y suis donc allée.

Etait-il à l’aise ?


Complètement ! Je suis arrivée , "bonjour !" , je lui ai montré mon livre "Changement de bobines" , et aussitôt nous nous sommes mis au travail.

Avait-il des exigences quant au déroulement de la séance ?


Absolument aucune ! Auparavant, je lui avais parlé de la série de portraits noir et blanc que j’avais faite et de la façon dont s’étaient passées les différentes séances. Il était tout à fait d’accord quant à ma manière de faire. Pas de contraintes ni d’exigences particulières , j’ai pu agir en toute liberté artistique.

Aviez-vous une petite appréhension concernant son côté renfermé ?


Pas la moindre ! Cela ne me dérange pas.

Était-il à l’aise , lui qui parle de son « autisme social » ?


(éclats de rire de Sylvie Biscioni) Quelle drôle de question, êtes-vous certain que nous parlons de la même personne ? Je vais vous faire une confidence. Tous les artistes avec lesquels je travaille sont assez à l’aise avec moi. Même ceux qui au départ n’aiment pas trop les photos. Je ne leur demande pas grand chose, je n’ai pas beaucoup de contraintes, je n’amène pas d’éclairage et je ne suis pas directive. Mes portraits sont souvent réalisés en lumière du jour. Du coup, le courant passe nettement mieux ! Je crois avoir une approche humaine dans l’exercice de mon travail. 


Gaspar Noé est quelqu’un qui sort de l’ordinaire. Nous avons un peu discuté durant la séance. Je lui ai parlé de « Carne » que j’avais vu et beaucoup apprécié. A cette époque , je ne me souviens plus s’il venait de terminer le tournage de « Seul contre tous » ou bien s’il était dans la phase de distribution… cela fait déjà six ans !


La différence entre son univers cinématographique et la douceur de son regard sur la photo n’étonne-t-elle pas ? On a l’impression que toute sa violence intérieure se manifeste dans ses films.


C’est un aspect des choses sur lequel je ne m’arrête pas. Non par désintérêt, mais tout simplement parce que ce n’est pas ma fonction. Je ne suis ni analyste ni critique de cinéma…je suis photographe ! J’ai bien aimé son court-métrage «Carne», je trouve Gaspar Noé très photogénique, il a une bonne gueule en photo (nouveaux éclats de rire), mais je ne fais pas forcément de comparaison entre le film et la photo que je suis en train de prendre. J’agis plutôt de façon instinctive. J’aime ou je n’aime pas un film ! C’est cela qui me donne envie de prolonger la séance de cinéma par une séance de photos. Mon rôle s’arrête là !

 

 

 

Un grand merci à Sylvie Biscioni pour l'interview ainsi que pour la photo de Gaspar Noé.

Merci aussi à Philou.

 

Propos recueillis par Philippe Lowinski.

 

 

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